Acheter un bien non immatriculé en Tunisie : risques et précautions
Un bien non immatriculé n'a pas de titre foncier et sa propriété ne résulte donc pas d'un registre public. Elle se prouve par une chaîne d'actes anciens, par la possession et par des éléments matériels. Acheter dans ces conditions expose à la revente du même bien à plusieurs acquéreurs, aux revendications d'héritiers et à l'impossibilité de faire inscrire son droit.
Par Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis. Publié le 19 août 2026, vérifié le 19 août 2026. 14 min de lecture
À retenir
- Sur un bien non immatriculé, aucun registre public ne garantit que le vendeur est bien propriétaire.
- La preuve repose sur la chaîne des actes, sur la possession et sur les documents fiscaux, jamais sur un seul papier.
- Le risque majeur est la vente successive du même bien à plusieurs acquéreurs qui ignorent tout les uns des autres.
- La succession non liquidée est la source la plus fréquente de contestation après une vente sous seing privé.
- L'immatriculation est la seule opération qui transforme durablement une situation de fait en droit inscrit et opposable.
Sur quels textes cela repose
- Code des droits réels
- Il distingue les immeubles immatriculés, soumis à la publicité foncière et à la force du titre, des immeubles non immatriculés, dont la propriété se prouve par les actes et par la possession, et organise la procédure d'immatriculation.
- Code des obligations et des contrats
- Il régit la formation et la preuve de la vente, les garanties dues par le vendeur, notamment celle contre l'éviction et celle des vices cachés, la mise en demeure et la résolution du contrat pour inexécution.
- Code de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme
- Il détermine la constructibilité du terrain, les autorisations exigées et la régularité des constructions, questions qui se posent avec une acuité particulière sur les biens dépourvus de titre foncier.
Qu'est ce qu'un bien non immatriculé et en quoi diffère t il d'un bien titré ?
Un bien non immatriculé n'a jamais été soumis à la procédure d'immatriculation foncière et ne dispose donc pas de titre foncier. Sa propriété ne résulte pas d'un registre public mais d'un ensemble d'actes, d'éléments de possession et de preuves matérielles.
La différence est de nature, non de degré. Sur un immeuble immatriculé, un registre public tenu par la Conservation de la propriété foncière indique qui est propriétaire et quelles charges grèvent le bien. Un certificat de propriété suffit à répondre à ces deux questions. Sur un immeuble non immatriculé, aucun document unique ne remplit cette fonction, et la réponse doit être reconstruite dossier par dossier.
Cette reconstruction repose sur un faisceau d'indices. La chaîne des actes de vente et de partage montre comment le bien est parvenu entre les mains du vendeur actuel. Les documents fiscaux indiquent qui le déclare et l'assume. La possession, c'est à dire l'occupation matérielle exercée comme un propriétaire, complète l'ensemble. Aucun de ces éléments pris isolément ne constitue une preuve décisive.
Il en découle une conséquence pratique importante. La sécurité d'un achat sur bien non immatriculé se mesure à la qualité et à la convergence des preuves réunies, jamais à la présentation d'un document unique. Un acte de vente ancien, présenté seul, ne prouve rien de plus que l'existence d'une transaction entre deux personnes à une date donnée.
Le cabinet aborde donc ces dossiers comme un travail d'enquête. Il s'agit de vérifier une histoire, de la corroborer par des sources indépendantes et d'identifier les points de fragilité. Ce travail prend du temps, coûte plus cher qu'une simple demande de certificat, et reste largement moins onéreux que le contentieux qu'il permet d'éviter.
Pourquoi les ventes sous seing privé sont elles particulièrement dangereuses ?
Parce qu'aucun registre ne les centralise. Le même vendeur peut signer plusieurs actes portant sur le même bien, avec des acquéreurs qui ne se connaissent pas, chacun détenant un document apparemment régulier et croyant être seul propriétaire.
Le danger central est la vente multiple. Sur un immeuble immatriculé, la publicité foncière révèle la première inscription et empêche la superposition des droits. Sur un bien non immatriculé, rien n'alerte le second acquéreur. Le vendeur perçoit plusieurs prix, disparaît, et les acquéreurs découvrent leur situation des mois ou des années plus tard, souvent à l'occasion de travaux ou d'une revente.
Le second danger tient à la qualité du vendeur. Un acte sous seing privé se signe sans contrôle préalable de la propriété. Une personne qui occupe un bien depuis longtemps, qui en a la clé et qui produit un vieux papier peut vendre sans être propriétaire. Le cabinet a traité des dossiers où le vendeur n'était en réalité qu'un héritier parmi plusieurs, voire un simple occupant toléré.
Le troisième danger concerne la description du bien. Faute de plan officiel, les actes sous seing privé décrivent le terrain par ses tenants et aboutissants, en termes souvent approximatifs. Les contenances annoncées sont fréquemment inexactes, les limites incertaines, et l'acquéreur découvre après paiement que la superficie réelle est inférieure ou que le voisin occupe une partie du terrain.
Enfin, l'acte sous seing privé ne procure aucun droit inscrit. L'acquéreur détient un contrat opposable à son vendeur, ce qui n'est pas rien, mais il ne détient pas un droit publié et opposable à tous. Cette différence apparaît brutalement le jour où un tiers revendique le bien, car il faut alors prouver son droit au lieu de le simplement produire.
Les signaux qui doivent conduire à suspendre une opération
- Rupture dans la chaîne des actes ou acte manquant à un maillon
- Vendeur qui refuse de produire les actes antérieurs au sien
- Bien issu d'une succession dont le partage n'est pas documenté
- Occupation du terrain par une personne étrangère à la vente
- Contenance annoncée sans plan ni levé de géomètre
- Pression pour signer rapidement et payer en une seule fois
- Prix nettement inférieur à celui des biens comparables du secteur
Comment vérifier que le vendeur est réellement propriétaire ?
En reconstituant la chaîne complète des actes jusqu'à une origine crédible, en confrontant ces actes aux documents fiscaux et à la possession constatée sur les lieux, et en identifiant tous les titulaires possibles du droit, notamment les héritiers.
La chaîne des actes est le premier instrument. Chaque transmission doit s'enchaîner logiquement : celui qui vend dans un acte doit être celui qui a acheté ou reçu dans l'acte précédent. Le cabinet dresse un tableau chronologique de ces transmissions, ce qui fait apparaître immédiatement les ruptures, les doublons et les périodes obscures dont personne ne peut rendre compte.
Les documents fiscaux apportent une corroboration indépendante. Savoir qui déclare le bien, qui en acquitte les impositions et depuis quand permet de confronter la version du vendeur à une source extérieure. Une discordance entre l'identité du vendeur et celle du contribuable déclaré mérite une explication écrite, et l'absence d'explication constitue en soi un motif de prudence.
L'enquête sur place est irremplaçable. Se rendre sur le terrain, observer qui l'occupe et l'entretient, parler aux voisins et aux occupants révèle des situations que les documents ne montrent pas : un frère qui exploite le terrain, un locataire installé depuis longtemps, un litige de limites connu de tout le quartier. Le cabinet considère cette étape comme aussi importante que l'examen des actes.
L'identification des héritiers vient compléter le travail. Dès qu'une succession figure dans la chaîne, il faut établir la dévolution complète et s'assurer qu'aucun ayant droit n'a été écarté. Un acte signé par un seul héritier n'engage que sa part et laisse subsister les droits des autres, ce qui suffit à empêcher l'acquéreur de disposer paisiblement du bien.
Le dossier de vérification constitué par le cabinet
- Tableau chronologique de toutes les transmissions du bien
- Copies intégrales de chaque acte de la chaîne
- Documents fiscaux mentionnant le bien et son détenteur déclaré
- Actes de décès, de notoriété et de partage pour chaque succession
- Compte rendu de visite des lieux et entretiens avec les voisins
- Levé de géomètre décrivant la consistance et les limites réelles
- Réponse écrite des services fonciers sur l'absence de titre
Quel rôle joue la possession dans la preuve de la propriété ?
Sur un bien non immatriculé, la possession exercée de manière continue, paisible, publique et à titre de propriétaire produit des effets juridiques importants. Elle constitue avec les actes le fondement principal de la démonstration du droit.
La possession n'est pas la simple présence sur un terrain. Elle suppose un comportement de propriétaire : cultiver, clôturer, construire, entretenir, percevoir des loyers, payer les impositions, agir ouvertement et sans autorisation demandée à personne. Le cabinet examine donc la nature des actes matériels accomplis, et non seulement leur durée, car un usage précaire ne produit pas les mêmes effets.
Les quatre caractères habituellement exigés se vérifient un par un. Continue, la possession ne comporte pas d'interruptions significatives. Paisible, elle n'a pas été acquise ou maintenue par la violence. Publique, elle s'exerce au vu de tous et non clandestinement. À titre de propriétaire, elle se distingue de l'occupation d'un locataire ou d'un gardien, qui détiennent pour le compte d'autrui.
La preuve se construit avec des éléments concrets et datés. Photographies anciennes, factures de travaux, contrats de fourniture d'eau ou d'électricité, quittances, documents fiscaux, attestations de voisins, existence de plantations d'un âge déterminé. Le cabinet réunit ces pièces en les organisant chronologiquement, car c'est la continuité de la série qui emporte la conviction et non la force d'un document isolé.
Ce raisonnement conduit à une recommandation constante pour l'acquéreur. Après l'achat, il faut occuper visiblement, faire les démarches en son nom, mettre les impositions à son nom, clôturer, entretenir et conserver toutes les preuves de ces actes. Cette conduite, poursuivie dans le temps, consolide la position acquise et facilite considérablement l'immatriculation ultérieure.
Comment faire immatriculer un bien et pourquoi est ce indispensable ?
L'immatriculation est la procédure qui soumet un immeuble au régime de la publicité foncière et aboutit à la création d'un titre foncier. Elle transforme une propriété prouvée par un faisceau d'indices en un droit inscrit, opposable et durable.
L'intérêt de l'opération se mesure au moment où l'on veut faire quelque chose du bien. Vendre, financer, transmettre, construire, partager entre héritiers : chacune de ces opérations est simple sur un immeuble titré et laborieuse sur un bien non immatriculé. L'immatriculation supprime définitivement le débat sur la propriété et sur les limites, au bénéfice de toutes les générations suivantes.
La procédure suppose un dossier solide. Il faut établir la propriété par la chaîne des actes et par la possession, décrire le bien par un levé de géomètre, identifier les voisins et les riverains, et présenter le tout aux organes compétents. Une phase de publicité permet aux tiers de former des oppositions, et la qualité de la préparation détermine largement la manière dont ces oppositions seront traitées.
Les oppositions sont d'ailleurs le point sensible. Un voisin qui contestera une limite, un héritier qui revendiquera une part, un occupant qui invoquera un droit : ces interventions font partie du fonctionnement normal de la procédure. Le cabinet les anticipe en réglant en amont les questions de limites par un bornage et les questions successorales par un partage documenté.
La durée de la procédure décourage certains propriétaires. Elle ne doit pas faire illusion sur l'alternative, qui consiste à laisser le bien dans une situation où chaque mutation ravive les mêmes incertitudes. Le cabinet recommande d'engager l'immatriculation immédiatement après l'acquisition, alors que le vendeur est encore joignable et disposé à coopérer, ce qui n'est plus le cas quelques années plus tard.
Les pièces à réunir pour un dossier d'immatriculation
- Chaîne complète des actes établissant la transmission du bien
- Preuves de la possession, factures, quittances, documents fiscaux
- Levé de géomètre décrivant la consistance et les limites du bien
- Procès verbal de bornage signé des propriétaires voisins
- Actes de succession et de partage pour chaque transmission par décès
- Attestations de voisins et de personnes connaissant les lieux
- Éléments établissant l'absence de contestation sur une longue période
Que faire si un tiers revendique le bien après la vente ?
Il faut immédiatement réunir son dossier de propriété, faire constater son occupation et appeler le vendeur en garantie. La garantie contre l'éviction due par le vendeur constitue le recours principal de l'acquéreur inquiété dans sa possession.
La première réaction utile est documentaire. Il s'agit de rassembler la chaîne des actes, les preuves de la possession exercée depuis l'achat, les documents fiscaux et le levé de géomètre. Le cabinet fait également établir un constat décrivant l'occupation actuelle du bien, car la situation de fait au moment de la revendication compte dans l'appréciation du litige.
Le second réflexe consiste à mettre le vendeur dans la cause. Le vendeur doit garantir l'acquéreur contre l'éviction, c'est à dire contre le trouble apporté par un tiers qui prétend détenir un droit sur le bien vendu. Cette garantie permet d'obtenir sa participation à la défense et, si l'éviction est consommée, la restitution du prix et la réparation du préjudice subi.
Il faut ensuite analyser la revendication elle même. Qui revendique, à quel titre, avec quels actes, et depuis quand connaît il la situation ? Une revendication émanant d'un héritier écarté du partage ne se traite pas comme celle d'un second acquéreur ayant acheté au même vendeur. Le cabinet identifie le fondement exact avant de choisir la stratégie de défense.
Dans l'hypothèse d'acquéreurs successifs du même bien, la comparaison des situations devient déterminante : dates des actes, réalité de la possession exercée par chacun, bonne foi, connaissance de la première vente. C'est le type de contentieux le plus difficile de la matière, et il illustre pourquoi les vérifications préalables sont sans commune mesure avec le coût du litige.
Peut on financer ou revendre un bien non immatriculé ?
C'est possible mais nettement plus difficile. L'absence de droit inscrit limite les garanties que l'on peut offrir et réduit le cercle des acquéreurs, ce qui se traduit par une décote et par des délais de transaction plus longs.
Le financement se heurte à une difficulté structurelle. Une garantie hypothécaire suppose un immeuble immatriculé, puisque l'inscription se prend sur un titre foncier. Sans titre, les sûretés que le propriétaire peut offrir sont limitées, ce qui restreint l'accès au crédit adossé au bien. Cette contrainte explique une partie de l'écart de valeur entre un terrain titré et un terrain qui ne l'est pas.
La revente est également plus lourde. L'acquéreur avisé, conseillé par un professionnel, exigera la chaîne des actes, les preuves de possession, un levé de géomètre et souvent l'engagement du vendeur d'engager l'immatriculation. Ces exigences allongent la négociation et écartent une partie des acheteurs, notamment ceux qui ont besoin d'un financement bancaire.
La conséquence économique est mesurable. Un même terrain vaut moins sans titre qu'avec, et cet écart correspond au risque juridique que l'acquéreur accepte de supporter. Le cabinet présente donc l'immatriculation comme un investissement qui se récupère à la première mutation, et non comme une formalité administrative que l'on remet à plus tard.
Dans l'attente, certaines précautions améliorent la situation. Maintenir une possession visible et documentée, conserver l'ensemble des actes et des preuves, faire borner le terrain avec les voisins et régler les questions successorales rendent le bien nettement plus vendable. Un dossier complet et ordonné rassure un acquéreur bien plus qu'un discours rassurant.
Quelles précautions prendre avant de verser le moindre acompte ?
Aucun fonds ne doit être versé avant la production de la chaîne des actes, la vérification de la situation successorale, le contrôle de l'occupation des lieux et la signature d'un avant contrat qui règle expressément le sort de l'acompte.
L'acompte versé trop tôt est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Il transforme un acquéreur prudent en créancier pressé, qui accepte ensuite des explications qu'il aurait refusées avant de payer. Le cabinet pose donc une règle simple : les vérifications précèdent le versement, et non l'inverse, quelle que soit la pression exercée par le vendeur ou par l'intermédiaire.
L'avant contrat est l'outil qui permet de tenir cette règle sans perdre l'affaire. Il fixe le prix, décrit le bien, engage le vendeur et subordonne la vente à des conditions vérifiables : production des actes antérieurs, intervention de tous les héritiers, résultat du levé de géomètre, absence de contestation, régularité urbanistique. Si une condition n'est pas remplie, l'acompte est restitué.
La rédaction de ces conditions demande de la précision. Une clause qui prévoit que la vente est subordonnée à la vérification de la propriété ne veut rien dire. Une clause utile désigne les documents attendus, la personne qui les produit, le délai imparti et la conséquence exacte du défaut de production, y compris les modalités de restitution des fonds versés.
Enfin, le mode de paiement mérite attention. Un versement en espèces sans traçabilité, remis à un intermédiaire ou à une personne autre que le vendeur désigné, se révèle très difficile à récupérer. Le cabinet organise le paiement de manière traçable, échelonné selon la réalisation des conditions, et déconseille formellement tout règlement intégral avant la signature de l'acte.
Sécuriser un achat sur un bien dépourvu de titre foncier
- Établir avec certitude l'absence de titre foncier
La première vérification consiste à s'assurer que le bien n'est effectivement pas immatriculé et qu'aucune procédure d'immatriculation n'est en cours. Une interrogation de la Conservation de la propriété foncière et des services fonciers compétents permet de savoir si le bien relève du régime des immeubles non immatriculés.
- Reconstituer la chaîne complète des actes de propriété
Le cabinet réclame tous les actes successifs remontant aussi loin que possible : ventes, partages, donations, jugements. Chaque acte doit s'enchaîner avec le précédent, le vendeur d'un acte étant l'acquéreur du précédent. Une rupture dans cette chaîne est un signal d'alerte majeur qui doit suspendre l'opération.
- Vérifier la situation successorale du bien
Il faut savoir si le bien provient d'une succession et si celle ci a été liquidée. Actes de décès, actes de notoriété, actes de partage et identification de tous les héritiers sont indispensables. Un bien de famille vendu par un seul héritier est la source de contentieux la plus fréquente dans cette matière.
- Contrôler la possession et la mise en valeur du bien
La possession est un élément central de la preuve. Il faut vérifier qui occupe réellement le bien, depuis quand, à quel titre, qui l'entretient, qui en paie les impositions et si cette occupation a jamais été contestée. Une visite des lieux et des entretiens avec les voisins font partie du travail de vérification.
- Faire relever les limites du bien par un géomètre
En l'absence de plan de la Conservation, la consistance et les limites du bien doivent être établies sur le terrain. Un levé de géomètre, réalisé si possible en présence des voisins, permet de fixer la contenance réelle et de détecter les écarts avec ce qui est annoncé dans les actes.
- Faire rédiger un avant contrat protecteur
L'avant contrat doit subordonner la vente à des conditions vérifiables : production de la chaîne des actes, intervention de tous les héritiers, absence de contestation, résultat du levé de géomètre, engagement de coopérer à l'immatriculation. Le sort de l'acompte doit être réglé avec précision.
- Engager la procédure d'immatriculation après l'acquisition
L'achat n'est réellement sécurisé qu'une fois le bien immatriculé et le droit inscrit. Le cabinet prépare le dossier, établit la preuve de la propriété et de la possession, suit la procédure devant les organes compétents et répond aux oppositions éventuelles jusqu'à la création du titre.
Le risque encouru et la précaution qui le neutralise
| Risque | Manifestation concrète | Précaution à prendre |
|---|---|---|
| Vendeur non propriétaire | Un tiers revendique le bien après le paiement du prix | Chaîne complète des actes et enquête sur la possession |
| Vente du même bien à plusieurs acquéreurs | Deux acheteurs détiennent des actes portant sur le même terrain | Enquête sur les lieux, entretiens avec voisins et occupants |
| Succession non liquidée | Des héritiers non appelés contestent la vente | Actes de décès, notoriété, partage et intervention de tous |
| Contenance inexacte | La superficie réelle diffère de celle annoncée | Levé de géomètre et bornage contradictoire |
| Construction sans autorisation | Régularisation exigée ou remise en état imposée | Vérification urbanistique auprès des services municipaux |
| Absence de droit inscrit | Impossibilité de revendre ou de financer aisément le bien | Engagement d'une procédure d'immatriculation |
| Occupant en place | Le bien est détenu par un tiers qui refuse de partir | Vérification de l'occupation avant tout versement |
| Acompte non sécurisé | Le versement est perdu si la vente ne se réalise pas | Avant contrat réglant expressément le sort des fonds |
Cas particuliers
L'acquéreur réside à l'étranger
L'opération se conduit sur procuration spéciale établie devant le consulat de Tunisie du lieu de résidence, désignant le bien et énumérant les pouvoirs consentis. Le cabinet mène l'enquête sur place, visite les lieux, interroge les voisins, réunit la chaîne des actes, fait établir le levé de géomètre et transmet un compte rendu documenté avant tout versement de fonds.
Le bien provient d'une succession jamais partagée
Aucun héritier ne peut vendre valablement l'ensemble du bien à lui seul. Le cabinet établit la dévolution complète, réunit les actes de décès et de notoriété, identifie tous les ayants droit et exige leur intervention à l'acte, ou organise un partage préalable documenté. Acheter sans cette précaution revient à acquérir un litige familial.
Une réquisition d'immatriculation a été publiée sur le bien
La publication ouvre une période pendant laquelle les tiers peuvent faire valoir leurs droits. Il est impératif de se manifester dans les formes et les délais prévus, sous peine de voir le titre créé au nom d'un autre. Le cabinet examine la réquisition, prépare l'opposition et produit les actes et preuves de possession du client.
Le terrain porte une construction élevée sans autorisation
L'absence de titre foncier ne dispense pas du respect des règles d'urbanisme. Le cabinet interroge les services municipaux sur la régularité de la construction et sur les prescriptions applicables à la zone, puis évalue le risque de mesures de régularisation ou de remise en état avant de conseiller la poursuite de l'acquisition.
Sur un bien sans titre, l'acte de vente ne prouve pas la propriété du vendeur, il prouve seulement qu'il a signé un papier. Tout le travail de l'avocat consiste à vérifier ce que ce papier vaut, avant que le prix ne soit payé.
Les erreurs qui coûtent cher
Acheter sur le seul acte de vente présenté par le vendeur
Rien ne garantit que le vendeur est propriétaire, et la revendication d'un tiers laisse l'acquéreur sans droit inscrit à opposer.
Verser un acompte avant la production des actes antérieurs
L'acquéreur perd son moyen de pression et accepte ensuite des explications qu'il aurait refusées avant tout paiement.
Signer avec un seul héritier sur un bien de famille
La vente ne porte que sur la part du signataire et les autres ayants droit peuvent bloquer toute jouissance paisible du bien.
Se fier à la contenance annoncée sans levé de géomètre
La superficie réelle se révèle inférieure ou une partie du terrain est occupée par un voisin, sans recours simple après paiement.
Remettre l'immatriculation à plus tard après l'achat
Le vendeur devient injoignable, les témoins disparaissent et la preuve de la propriété se reconstitue beaucoup plus difficilement.
Questions fréquentes
Un acte sous seing privé suffit il pour acheter un bien non immatriculé ?
Il peut constituer le support de la vente, mais il ne prouve ni la propriété du vendeur ni la consistance du bien. Sa valeur dépend entièrement des vérifications menées en amont : chaîne des actes, situation successorale, possession constatée et levé de géomètre.
Comment savoir si un bien possède un titre foncier ?
En interrogeant la Conservation de la propriété foncière et les services fonciers compétents, à partir de la localisation du bien et des éléments d'identification disponibles. Le cabinet demande une réponse écrite, qui indique également si une procédure d'immatriculation est en cours.
Un étranger peut il acheter un bien non immatriculé en Tunisie ?
L'acquisition par un étranger est soumise à des conditions et à des autorisations préalables selon la nature et la destination du bien. Sur un bien dépourvu de titre, ces contraintes se cumulent avec l'incertitude sur la propriété, ce qui rend l'opération particulièrement délicate à sécuriser.
Combien de temps prend une procédure d'immatriculation ?
La durée dépend de la complexité du dossier, du nombre de voisins concernés et surtout des oppositions formées pendant la phase de publicité. Un dossier préparé avec un bornage préalable et une situation successorale réglée avance sensiblement plus vite qu'un dossier incomplet.
Que se passe t il si deux personnes détiennent un acte sur le même bien ?
La comparaison des situations devient déterminante : dates des actes, chaîne de transmission de chacun, réalité de la possession exercée et bonne foi des acquéreurs. Ce contentieux est le plus difficile de la matière, et il se prévient uniquement par une enquête sérieuse avant l'achat.
Le paiement des impositions prouve t il la propriété ?
Non, il constitue un indice et non une preuve. Il corrobore utilement une possession exercée à titre de propriétaire, surtout lorsqu'il s'inscrit dans une série continue et concordante avec les actes. Pris isolément, il ne suffit pas à établir un droit de propriété.
Faut il faire borner le terrain avant ou après la vente ?
Avant, chaque fois que c'est possible. Le bornage réalisé avec les voisins pendant la négociation révèle les écarts de contenance et les empiètements, alors qu'il est encore temps d'ajuster le prix ou de renoncer. Après paiement, la découverte du même écart se règle en contentieux.
Le vendeur doit il garantir l'acquéreur contre les revendications ?
Oui, le vendeur doit garantir l'acquéreur contre l'éviction, c'est à dire contre le trouble causé par un tiers invoquant un droit sur le bien vendu. Cette garantie permet de l'appeler dans la procédure et, en cas d'éviction, de réclamer la restitution du prix et la réparation du préjudice.
Sources et vérification
- Code des droits réels, immeubles immatriculés et non immatriculés, possession et procédure d'immatriculation
- Code des obligations et des contrats, vente, preuve, garantie contre l'éviction et vices cachés
- Code de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme, constructibilité et régularité des constructions
- Pratique du cabinet en matière de sécurisation des acquisitions et de contentieux de la propriété non titrée
Cette page donne une information générale sur le droit tunisien. Elle ne remplace pas l'examen de vos pièces par un avocat. Dernière vérification le 19 août 2026 par Maître Amine Messaadi.
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Ce sujet relève de notre pratique en immobilier. Le dossier complet se trouve dans le guide immobilier et titres.