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Copropriété en Tunisie : syndic, charges impayées et assemblées

La copropriété repose sur trois piliers : un règlement qui distingue parties privatives et parties communes, une assemblée des copropriétaires qui décide, et un syndic qui exécute et rend compte. Les litiges naissent presque toujours d'un règlement ignoré, d'assemblées mal convoquées ou de charges appelées sans justificatifs vérifiables.

Par Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis. Publié le 18 août 2026, vérifié le 18 août 2026. 15 min de lecture

À retenir

  • Le règlement de copropriété est la loi de l'immeuble : il se lit avant toute discussion.
  • Le syndic est un mandataire : il exécute les décisions et doit rendre compte de sa gestion.
  • Une assemblée irrégulièrement convoquée expose ses décisions à une contestation.
  • Un copropriétaire ne peut pas refuser de payer au motif qu'il n'utilise pas un équipement.
  • La contestation d'une décision obéit à un délai strict qui court à compter de sa notification.

Sur quels textes cela repose

Les règles de la copropriété des immeubles bâtis
Elles organisent la distinction entre parties privatives et parties communes, la répartition des charges selon la quote part attachée à chaque lot, le fonctionnement de l'assemblée des copropriétaires et les attributions du syndic.
Code des droits réels
Il définit le droit de propriété portant sur le lot et la nature des droits indivis sur les parties communes. Il fonde également la publicité foncière, qui rend le règlement de copropriété opposable aux acquéreurs successifs des lots.
Code des obligations et des contrats
Il régit le mandat qui lie le syndic à la collectivité des copropriétaires, l'obligation de rendre compte qui en découle, ainsi que le recouvrement des sommes dues et la responsabilité en cas de manquement.

Comment savoir ce qui est commun et ce qui est privatif ?

Le règlement de copropriété et l'état descriptif de division répondent à cette question. À défaut de précision, sont communs les éléments affectés à l'usage de tous ou nécessaires à la conservation et à la structure de l'immeuble.

La distinction commande presque tout le contentieux de copropriété. Elle détermine qui paie une réparation, qui décide de travaux, qui doit agir contre un tiers et qui répond d'un dommage. Un copropriétaire qui engage une discussion sans avoir lu le règlement de son immeuble raisonne sur des habitudes, et ces habitudes sont souvent démenties par le document lui même.

Les éléments dont la nature est le plus fréquemment discutée reviennent toujours : les canalisations encastrées, les balcons et leurs garde corps, les fenêtres et volets donnant sur l'extérieur, les paliers, les terrasses accessibles depuis un seul lot, et les locaux techniques. Selon la rédaction du règlement, un même élément peut être commun dans un immeuble et privatif dans un autre.

Certains éléments sont communs mais affectés à l'usage exclusif d'un seul copropriétaire, ce qui crée une catégorie intermédiaire souvent mal comprise. Le titulaire de cet usage exclusif ne devient pas propriétaire de l'élément : il ne peut pas le modifier librement, et son entretien courant lui incombe généralement tandis que sa réfection structurelle reste collective.

Le cabinet commence toujours par la lecture croisée du règlement et de l'état descriptif de division. Cette lecture prend peu de temps et évite des mois de discussion. Lorsque le règlement est ancien, imprécis ou silencieux, la question se tranche au regard de la destination de l'élément et de son affectation réelle à l'usage de tous.

Comment le syndic est il désigné et que peut on lui demander ?

Le syndic est désigné par une décision de l'assemblée des copropriétaires et agit comme mandataire de la collectivité. Il exécute les décisions, entretient les parties communes, appelle les charges et rend compte de sa gestion.

Le syndic n'est pas le propriétaire de l'immeuble ni son dirigeant. Il est un mandataire, et cette qualification commande tous ses devoirs. Il ne peut agir que dans les limites du mandat qui lui a été confié par l'assemblée, il doit rendre compte de sa gestion, et il engage sa responsabilité lorsqu'il excède ses pouvoirs ou reste inactif face à une situation qui appelait une diligence.

Ses attributions courantes sont identifiables : conserver les parties communes en bon état, faire exécuter les décisions votées, appeler les provisions et les charges, tenir la comptabilité de l'immeuble, représenter la collectivité dans ses rapports avec les tiers et, le cas échéant, en justice. Il convoque également l'assemblée, en établit l'ordre du jour et dresse le procès verbal des délibérations.

Un copropriétaire peut lui demander la communication des documents relatifs à la gestion : comptes, factures, contrats, état des impayés, procès verbaux antérieurs. Cette demande relève du fonctionnement normal de la copropriété et n'a pas à être motivée. Un refus persistant, opposé à une demande écrite, constitue un manquement dont il peut être tiré des conséquences.

Le mandat du syndic a une durée. Un syndic dont le mandat est expiré et qui continue d'agir se trouve dans une situation fragile, et les actes qu'il accomplit peuvent être contestés. Le premier réflexe, dans un immeuble où la gestion est discutée, consiste donc à vérifier dans quel procès verbal figure sa désignation et pour quelle durée.

Que doit contenir une convocation à une assemblée ?

Elle doit indiquer la date, l'heure et le lieu de la réunion ainsi qu'un ordre du jour précis, et être adressée à chaque copropriétaire dans les formes et le délai prévus par le règlement. Une convocation irrégulière fragilise les décisions adoptées.

L'assemblée des copropriétaires est le seul organe qui décide. Sa régularité conditionne donc la validité de tout ce qui s'y décide. La convocation en est le premier élément : elle doit permettre à chaque copropriétaire de savoir ce qui sera discuté, de se forger une opinion et, s'il ne peut pas se déplacer, de donner un mandat éclairé à un tiers.

L'ordre du jour doit être précis. Une rubrique intitulée questions diverses ne permet pas d'adopter valablement une décision sur un sujet important, précisément parce que les copropriétaires absents n'ont pas pu en mesurer la portée. Les travaux envisagés doivent être décrits, et les devis correspondants communiqués ou tenus à disposition avant la réunion.

La forme et le délai de la convocation figurent au règlement de copropriété. Ils doivent être respectés à la lettre, y compris à l'égard des copropriétaires résidant à l'étranger, dont l'adresse doit être tenue à jour par le syndic. Un copropriétaire qui n'a pas été convoqué dispose d'un moyen sérieux pour contester les décisions prises en son absence.

En pratique, la plupart des contestations d'assemblée reposent sur trois griefs : une convocation tardive ou non reçue, un ordre du jour imprécis, ou une décision prise sur un point n'y figurant pas. Ces vices sont évitables sans difficulté et leur coût, lorsqu'ils entraînent l'annulation de travaux déjà engagés, est sans commune mesure avec le soin qu'aurait demandé une convocation correcte.

Les mentions à vérifier sur une convocation

  • Date, heure et lieu précis de la réunion
  • Ordre du jour détaillé, question par question
  • Documents et devis relatifs aux décisions à prendre
  • Modalités de représentation et formulaire de mandat
  • Identité et qualité de l'auteur de la convocation
  • Respect du délai prévu par le règlement de copropriété

Peut on contester une décision d'assemblée ?

Oui, mais dans un délai strict qui court à compter de la notification du procès verbal, et généralement au profit des copropriétaires absents ou opposants. La contestation se porte devant le tribunal du lieu de l'immeuble.

La contestation vise le plus souvent la régularité de la procédure : convocation irrégulière, ordre du jour imprécis, décision prise hors ordre du jour, ou irrégularité affectant le vote et les mandats. Elle peut également porter sur le fond, lorsque la décision méconnaît le règlement de copropriété ou porte une atteinte disproportionnée aux droits d'un copropriétaire.

Le point le plus important est le calendrier. La contestation obéit à un délai strict qui court à compter de la notification du procès verbal, et ce délai est bref au regard du temps que prend habituellement la réflexion. Un copropriétaire qui découvre une décision plusieurs mois après la réunion se trouve fréquemment forclos, quelle que soit la valeur de ses arguments.

La qualité pour agir est également encadrée. Celui qui a voté en faveur d'une décision ne peut pas ensuite la contester sur ce fondement. Les copropriétaires opposants et les absents sont dans une position différente, ce qui explique l'importance de faire consigner son vote et ses réserves dans le procès verbal, avec précision.

Enfin, une contestation ne suspend pas nécessairement l'exécution de la décision. Lorsque les travaux votés sont engagés, la remise en cause ultérieure devient économiquement difficile même si elle est juridiquement fondée. Un copropriétaire qui entend s'opposer sérieusement a donc intérêt à agir rapidement et à solliciter, le cas échéant, une mesure conservatoire.

Comment se recouvrent les charges impayées ?

Le syndic met en demeure le copropriétaire défaillant par huissier notaire, puis engage une action en paiement devant le tribunal du lieu de l'immeuble. Le recouvrement suppose des appels de fonds réguliers et des décomptes justifiés.

Les impayés de charges asphyxient une copropriété plus sûrement que n'importe quel autre problème. L'immeuble ne peut plus payer ses prestataires, l'entretien s'arrête, les désordres s'accumulent, et les copropriétaires à jour finissent par se décourager à leur tour. La réactivité du syndic sur ce point est donc l'indicateur le plus fiable de la santé d'un immeuble.

Le recouvrement suppose d'abord une base solide : des appels de fonds conformes au budget voté, une répartition exacte selon la quote part attachée à chaque lot, et un décompte lisible retraçant les sommes appelées et les règlements reçus. Une action engagée sur des appels irréguliers ou mal ventilés se heurte à une contestation qui prospère souvent.

La mise en demeure signifiée par huissier notaire est l'étape décisive. Elle donne date certaine à la réclamation, elle fait courir les intérêts et elle règle une part significative des situations sans procédure. Beaucoup de copropriétaires défaillants réagissent à cet acte, notamment lorsqu'ils envisagent de vendre leur lot, car un passif de charges complique toute cession.

Lorsque l'action devient nécessaire, elle est engagée par le syndic au nom de la collectivité, sur le fondement d'une décision d'assemblée lorsque le règlement l'exige. Le jugement obtenu se signifie puis s'exécute, y compris sur les revenus ou les biens du débiteur. Un copropriétaire à jour peut également agir lorsque l'inaction du syndic lui cause un préjudice personnel.

Peut on refuser de payer une charge dont on ne profite pas ?

Non en principe. La contribution aux charges découle de la propriété du lot et de sa quote part, non de l'usage effectif. Seule une répartition manifestement contraire au règlement peut être discutée, et par la voie appropriée.

L'argument revient dans presque tous les immeubles : le copropriétaire du premier étage refuse de financer l'ascenseur, celui qui n'a pas de véhicule refuse l'entretien du parking, celui qui est absent une partie de l'année refuse le gardiennage. Cette logique est compréhensible mais elle est étrangère au fonctionnement de la copropriété, qui repose sur une contribution proportionnelle et non sur une consommation individuelle.

Certaines charges, il est vrai, se répartissent en tenant compte de l'utilité qu'elles présentent pour chaque lot, lorsque le règlement le prévoit. Cette nuance existe et elle mérite d'être examinée, mais elle relève d'une modification ou d'une interprétation du règlement, décidée dans les formes, et non d'une décision unilatérale de ne pas payer.

La retenue unilatérale produit toujours le même effet : elle transforme un copropriétaire qui avait une revendication légitime en débiteur poursuivi. Il perd le bénéfice moral de sa position, il supporte des intérêts et des frais, et sa contestation initiale est examinée dans un contexte défavorable. La voie correcte consiste à payer puis à contester, ou à faire trancher la répartition avant l'appel de fonds.

Le copropriétaire qui estime la répartition irrégulière doit donc agir en amont : demander l'inscription de la question à l'ordre du jour, obtenir la communication de l'état descriptif de division, et faire vérifier la conformité des appels de fonds au règlement. Nos équipes traitent régulièrement des dossiers où une simple erreur de tableau générait des années de conflit.

Que faire lorsque l'immeuble n'a pas de syndic ?

L'absence de syndic paralyse la copropriété : plus personne n'appelle les charges, n'entretient les parties communes ni ne représente la collectivité. Il faut provoquer une assemblée pour en désigner un, et saisir le juge en cas de blocage.

La situation est fréquente dans les immeubles anciens ou de petite taille, où la gestion s'est faite pendant des années de manière informelle. Tant que tout va bien, l'absence de syndic ne se remarque pas. Elle devient un problème dès qu'une dépense importante s'impose, qu'un sinistre survient ou qu'un copropriétaire refuse de participer : il n'existe alors aucun organe capable de décider ni de représenter l'immeuble.

La sortie passe par une assemblée. Un ou plusieurs copropriétaires prennent l'initiative de convoquer les autres dans les formes prévues par le règlement, avec un ordre du jour comportant la désignation d'un syndic, l'approbation d'un budget et, le cas échéant, les travaux urgents. La régularité de cette convocation est essentielle, car les décisions prises seront contestées par ceux qui s'y opposent.

Lorsque le blocage persiste, parce que les copropriétaires ne se réunissent pas ou ne parviennent à aucune majorité, la saisine du juge du lieu de l'immeuble permet de faire désigner un administrateur chargé de gérer la copropriété et d'organiser son fonctionnement. Cette voie est plus lourde mais elle débloque des situations autrement sans issue.

Dans l'intervalle, les travaux véritablement urgents peuvent être engagés pour éviter l'aggravation d'un désordre. Celui qui les avance a intérêt à documenter l'urgence, à informer les autres copropriétaires par écrit et à conserver toutes les factures, afin de pouvoir en demander le remboursement au titre des dépenses utiles à la conservation de l'immeuble.

Les démarches pour relancer une copropriété inactive

  • Rassembler le règlement de copropriété et l'état descriptif de division
  • Établir la liste à jour des copropriétaires et de leurs adresses
  • Convoquer une assemblée avec un ordre du jour précis
  • Faire désigner un syndic et approuver un budget de fonctionnement
  • Ouvrir un compte dédié à la copropriété et centraliser les appels de fonds
  • Saisir le juge du lieu de l'immeuble en cas de blocage persistant

Un copropriétaire peut il fermer une partie commune ou surélever ?

Non sans autorisation de l'assemblée des copropriétaires. L'appropriation d'un palier, la fermeture d'un balcon, l'annexion d'une terrasse ou une surélévation portent sur des éléments qui n'appartiennent pas au seul copropriétaire concerné.

Ces situations sont parmi les plus conflictuelles de la vie en copropriété, parce qu'elles sont visibles et durables. Un copropriétaire ferme une partie de palier pour agrandir son logement, couvre une terrasse commune, installe une construction légère sur le toit, ou modifie la façade. Chacun de ces actes porte sur un élément commun ou sur l'aspect extérieur de l'immeuble, et suppose donc une autorisation.

L'écoulement du temps ne régularise pas automatiquement l'appropriation. Un aménagement toléré pendant des années demeure discutable, même si la tolérance prolongée complique la démonstration et affaiblit la position de ceux qui n'ont jamais protesté. C'est pourquoi les copropriétaires qui constatent une appropriation ont intérêt à formaliser leur opposition par écrit dès qu'ils en ont connaissance.

La demande en justice tend à la remise en état des lieux et, le cas échéant, à la réparation du préjudice subi par la collectivité. Le dossier repose sur le règlement de copropriété, sur l'état descriptif de division, sur un constat d'huissier notaire décrivant les travaux réalisés et sur les procès verbaux d'assemblée où le sujet a été évoqué.

L'inverse mérite d'être rappelé : un copropriétaire qui souhaite réaliser un aménagement touchant à un élément commun a tout intérêt à solliciter l'autorisation avant les travaux plutôt qu'après. Une autorisation votée, consignée au procès verbal et notifiée, sécurise durablement son investissement et celui des acquéreurs futurs de son lot.

Comment participer à une assemblée depuis l'étranger ?

Par la représentation. Un copropriétaire empêché peut donner mandat à une personne de son choix, dans les formes prévues par le règlement, et communiquer au syndic une adresse à jour pour recevoir convocations et notifications.

Une part importante des copropriétaires d'immeubles du Grand Tunis réside à l'étranger, et l'éloignement est la première cause de désintérêt puis de conflit. Le copropriétaire absent ne reçoit pas les convocations parce que son adresse n'est pas à jour, il découvre les décisions après coup, il conteste tardivement et se voit opposer la forclusion. Cette séquence se répète dans de nombreux dossiers.

La première précaution est administrative et coûte peu : communiquer au syndic une adresse de notification fiable, par écrit, et en conserver la preuve. Cette adresse peut être celle d'un proche, d'un mandataire ou du cabinet chargé de suivre les intérêts du copropriétaire. Sans elle, les notifications restent régulières alors même qu'elles ne parviennent pas à leur destinataire.

La seconde est la représentation. Le mandat donné à un tiers doit être établi dans les formes prévues par le règlement de copropriété, dater de la réunion concernée et préciser, si le mandant le souhaite, le sens du vote sur les questions inscrites à l'ordre du jour. Une procuration consulaire donne au mandat une force probante supérieure, particulièrement utile lorsque les décisions sont sensibles.

Le cabinet assure régulièrement ce suivi pour des propriétaires établis hors de Tunisie : réception des convocations, analyse de l'ordre du jour, représentation aux assemblées, examen des comptes présentés et, lorsque c'est nécessaire, contestation des décisions dans le délai qui court à compter de leur notification. Cette continuité évite l'essentiel des litiges liés à l'absence.

Ce qu'un copropriétaire éloigné doit mettre en place

  • Adresse de notification communiquée au syndic par écrit
  • Mandat de représentation établi dans les formes du règlement
  • Procuration consulaire pour les décisions et actes importants
  • Accès aux appels de fonds et paiement régulier des charges
  • Demande annuelle des comptes et des procès verbaux d'assemblée
  • Interlocuteur local identifié en cas de sinistre dans l'immeuble

Remettre une copropriété en ordre de marche

  1. Se procurer le règlement de copropriété et le tableau des lots

    Ces documents déterminent ce qui est commun, ce qui est privatif et la quote part de chaque lot dans les charges. Ils sont annexés aux actes de vente et détenus par le syndic. Toute discussion engagée sans ces pièces repose sur des suppositions plutôt que sur des règles.

    Règlement de copropriété, état descriptif de division

  2. Vérifier la désignation et le mandat du syndic

    Le syndic tire ses pouvoirs d'une décision d'assemblée régulièrement adoptée. Un syndic dont le mandat est expiré ou dont la désignation n'apparaît dans aucun procès verbal exerce sans titre, ce qui fragilise tous les actes qu'il accomplit au nom de la copropriété.

    Procès verbal de l'assemblée ayant désigné le syndic

  3. Demander la communication des comptes et des pièces

    Chaque copropriétaire peut demander le détail des dépenses engagées, les factures correspondantes, l'état des sommes appelées et celui des impayés. Cette demande se formule par écrit et se conserve, car son absence de réponse fonde ensuite la mise en cause du syndic.

    Avant chaque assemblée annuelle Demande écrite datée et conservée

  4. Provoquer la tenue d'une assemblée des copropriétaires

    Lorsque le syndic ne convoque pas, les copropriétaires disposent de moyens pour obtenir la tenue d'une assemblée, jusqu'à la saisine du juge en cas de blocage. La demande écrite adressée au syndic, avec un ordre du jour précis, constitue le préalable indispensable.

    Demande de convocation avec ordre du jour proposé

  5. Faire porter les questions litigieuses à l'ordre du jour

    Une question qui ne figure pas à l'ordre du jour ne peut pas être valablement décidée. Les copropriétaires qui souhaitent faire trancher un point, travaux, changement de syndic ou action en justice, doivent en demander l'inscription dans les formes prévues au règlement.

    Demande d'inscription adressée au syndic

  6. Faire notifier les décisions adoptées

    La notification du procès verbal aux copropriétaires, en particulier aux absents et aux opposants, fait courir le délai de contestation. Une décision non notifiée reste exposée à une remise en cause tardive, ce qui fragilise les travaux engagés sur son fondement.

    Un délai strict qui court à compter de la notification Procès verbal d'assemblée et preuve de sa notification

  7. Engager le recouvrement ou la contestation devant le tribunal

    Le recouvrement des charges impayées se poursuit après mise en demeure signifiée par huissier notaire. La contestation d'une décision d'assemblée se porte devant le tribunal du lieu de l'immeuble, dans le délai courant à compter de la notification du procès verbal.

    Règlement, procès verbaux, appels de fonds, mise en demeure

Les documents à réclamer au syndic et leur utilité

DocumentCe qu il établitUtilité pratique
Règlement de copropriétéLa distinction entre parties communes et privativesTrancher qui doit payer un désordre ou des travaux
État descriptif de divisionLa consistance des lots et leur quote partVérifier la répartition des charges appelées
Procès verbal désignant le syndicLa régularité de son mandat en coursContester les actes d'un syndic sans titre
Procès verbaux des assembléesLes décisions prises et les votes exprimésFonder ou contester des travaux engagés
Appels de fonds et décomptesLes sommes appelées lot par lotVérifier une régularisation ou un impayé
Factures des prestatairesLa réalité des dépenses engagéesContrôler ce qui a été payé au nom de la copropriété
État des impayés de l'immeubleLa situation financière réelle de la copropriétéMesurer un risque avant l'achat d'un lot
Contrats en cours avec les prestatairesLes engagements pris pour la copropriétéRenégocier ou résilier les prestations inadaptées

Cas particuliers

Le copropriétaire réside à l'étranger

L'éloignement ne dispense d'aucune obligation et prive en pratique de tout moyen d'influence. La mise en place d'une représentation stable, par mandat écrit ou procuration consulaire, permet de participer aux assemblées, d'obtenir les comptes et de contester une décision dans le délai qui court à compter de sa notification. Nos équipes assurent ce suivi et alertent le copropriétaire sur les décisions engageant durablement son lot.

Le lot est loué à un occupant

Le locataire n'est pas copropriétaire : il ne vote pas, ne reçoit pas les convocations et ne peut pas agir dans l'immeuble. Le bailleur reste l'interlocuteur du syndic et le débiteur des charges appelées, quitte à récupérer sur son locataire celles que le bail prévoit. Un bailleur absent qui laisse son locataire dialoguer directement avec le syndic crée une confusion préjudiciable aux deux.

Un lot appartient à une indivision successorale

Les héritiers doivent désigner un représentant unique pour les rapports avec la copropriété, faute de quoi le vote devient impraticable et les charges restent impayées. À défaut d'accord entre coïndivisaires, une désignation judiciaire peut être sollicitée. Les charges continuent de courir pendant le règlement de la succession et s'imputent sur l'actif.

L'acquéreur découvre un passif de charges après la vente

Avant toute acquisition, l'état des impayés du lot et la situation financière de l'immeuble doivent être demandés au syndic. Un immeuble largement endetté fait peser un risque immédiat sur l'acquéreur, notamment lorsque des travaux importants ont été votés avant la vente. Cette vérification appartient aux diligences préalables à toute promesse d'achat.

Une copropriété ne se dégrade jamais brutalement : elle se dégrade parce que personne ne demande les comptes et que les assemblées cessent d'être convoquées. Le copropriétaire qui lit le règlement et réclame les procès verbaux protège son bien plus efficacement que celui qui plaide dix ans plus tard.
Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis

Les erreurs qui coûtent cher

Refuser de payer ses charges pour protester contre une décision

Le copropriétaire devient débiteur poursuivi, supporte intérêts et frais, et sa contestation initiale est examinée dans un contexte défavorable.

Laisser passer le délai de contestation d'une décision d'assemblée

La décision devient définitive quelle que soit la valeur des arguments, et les travaux engagés sur son fondement ne peuvent plus être remis en cause.

Voter des travaux sans devis ni inscription précise à l ordre du jour

La décision est exposée à une annulation, alors que le chantier est parfois déjà engagé et les fonds appelés auprès des copropriétaires.

Ne pas communiquer au syndic une adresse de notification à jour

Les convocations et les procès verbaux sont régulièrement adressés mais jamais reçus, et le copropriétaire absent se voit opposer la forclusion.

Acheter un lot sans demander l'état des impayés de l'immeuble

L'acquéreur découvre après la vente une copropriété endettée et des travaux votés, dont le financement pèse immédiatement sur son lot.

Questions fréquentes

Le syndic peut il engager des travaux sans vote préalable ?

Il peut prendre les mesures nécessaires à la conservation immédiate de l'immeuble en cas d'urgence caractérisée, à charge d'en rendre compte. En dehors de cette hypothèse, l'engagement de travaux suppose une décision de l'assemblée des copropriétaires régulièrement adoptée.

Comment changer de syndic ?

La question doit être inscrite à l'ordre du jour d'une assemblée, avec la désignation du nouveau syndic. Le remplacement suppose une décision régulièrement adoptée et notifiée. Le syndic sortant doit remettre les archives, les comptes et les fonds de la copropriété à son successeur.

Un copropriétaire peut il consulter les factures de l'immeuble ?

Oui. La communication des pièces de gestion relève du fonctionnement normal de la copropriété et n'a pas à être motivée. La demande gagne à être écrite et conservée, car un refus persistant constitue un manquement du syndic à son obligation de rendre compte.

Que se passe t il si personne ne convoque l'assemblée ?

Les copropriétaires peuvent demander au syndic de convoquer, avec un ordre du jour précis. En cas d'inertie persistante, la saisine du juge du lieu de l'immeuble permet d'obtenir la désignation d'un administrateur chargé d'organiser le fonctionnement de la copropriété.

Les charges impayées suivent elles le lot en cas de vente ?

La vente ne fait pas disparaître la dette du vendeur, et l'acquéreur a tout intérêt à faire vérifier la situation du lot avant de s'engager. C'est la raison pour laquelle l'état des impayés doit être demandé au syndic dès la phase de négociation.

Le syndic peut il refuser l'accès aux parties communes ?

Il ne peut pas priver un copropriétaire de l'usage des parties communes, y compris en cas d'impayé de charges. Une telle mesure constituerait une voie de fait. Le recouvrement des sommes dues se poursuit par les voies de droit, jamais par une privation d'usage.

Une décision peut elle être prise hors ordre du jour ?

Une décision portant sur une question non inscrite expose l'assemblée à une contestation, car les copropriétaires absents n'ont pas pu en mesurer la portée avant de donner mandat. La rubrique des questions diverses ne permet pas d'adopter valablement une décision importante.

Faut il un avocat pour un litige de copropriété ?

L'analyse du règlement, la vérification de la régularité des assemblées et le respect du délai de contestation commandent l'issue du dossier. Une contestation formée hors délai ou dirigée contre la mauvaise partie ne peut plus être régularisée, quelle que soit la valeur des arguments.

Sources et vérification

  • Règles applicables à la copropriété des immeubles bâtis en Tunisie
  • Code des droits réels, propriété du lot, droits indivis et publicité foncière
  • Code des obligations et des contrats, mandat, obligation de rendre compte et recouvrement
  • Pratique du cabinet en matière de copropriété dans le Grand Tunis

Cette page donne une information générale sur le droit tunisien. Elle ne remplace pas l'examen de vos pièces par un avocat. Dernière vérification le 18 août 2026 par Maître Amine Messaadi.

À lire ensuite

Ce sujet relève de notre pratique en immobilier. Le dossier complet se trouve dans le guide immobilier et titres.

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