Le tribunal de première instance de Tunis : organisation et déroulé d'une audience
Le tribunal de première instance est la juridiction de droit commun en Tunisie. Il est organisé en chambres spécialisées et statue selon la matière à juge unique ou en formation collégiale. Une audience commence par l'appel des causes, se poursuit par les demandes de renvoi et l'échange des écritures, puis s'achève par la mise en délibéré des dossiers en état.
Par Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis. Publié le 19 août 2026, vérifié le 19 août 2026. 15 min de lecture
À retenir
- Le tribunal de première instance est la juridiction de droit commun du contentieux civil.
- Il est divisé en chambres, chacune traitant une matière déterminée.
- L'audience s'ouvre par l'appel des causes inscrites au rôle du jour.
- L'essentiel du débat se joue par écrit, dans les conclusions et les pièces.
- Le président du tribunal exerce des attributions propres, notamment en référé.
Sur quels textes cela repose
- Code de procédure civile et commerciale
- Il fixe la compétence du tribunal de première instance, détermine les matières relevant du juge unique et celles qui appellent une formation collégiale, organise la mise en état des dossiers, l'échange des conclusions, la tenue des audiences et le prononcé des jugements.
- Textes relatifs à l'organisation judiciaire
- Ils déterminent l'implantation des tribunaux de première instance, leur ressort et leur division en chambres. Dans le Grand Tunis, plusieurs juridictions se partagent le territoire, ce qui rend la vérification du ressort indispensable avant tout dépôt au greffe.
- Code des obligations et des contrats
- Il fonde au fond la majorité des demandes civiles portées devant cette juridiction, qu'il s'agisse de l'exécution ou de la résolution d'un contrat, de la réparation d'un dommage, de la restitution d'une somme ou de la reconnaissance d'une obligation.
Comment le tribunal de première instance est il organisé ?
Il est divisé en chambres, chacune spécialisée dans une matière. Selon la nature de l'affaire, il statue à juge unique ou en formation collégiale, et son président exerce des attributions propres, notamment en matière de référé et d'ordonnances.
Un tribunal de première instance n'est pas une salle unique mais un ensemble de chambres, chacune consacrée à une matière : le contentieux civil ordinaire, les affaires de statut personnel, le contentieux commercial, la matière pénale correctionnelle, les baux, l'exécution. Cette organisation explique qu'une même adresse abrite plusieurs rôles distincts, avec des jours d'audience différents et des habitudes de fonctionnement qui ne se recoupent pas.
La formation de jugement varie selon la matière. Le Code de procédure civile et commerciale attribue certaines affaires à un juge unique et en réserve d'autres à une formation collégiale, réputée plus adaptée aux dossiers importants ou complexes. Cette différence n'est pas seulement symbolique : elle influe sur le rythme de la mise en état, sur la longueur des audiences et sur la manière dont les moyens doivent être présentés par écrit.
Le président du tribunal occupe une place à part. Il exerce des attributions propres, notamment le référé, où il statue en urgence sur des mesures provisoires, et les ordonnances rendues sur requête, souvent nécessaires avant même d'engager le fond. Savoir qu'une voie rapide existe à côté de la procédure ordinaire change parfois entièrement la stratégie retenue au début d'un dossier.
À Tunis, s'ajoute une donnée pratique : plusieurs juridictions se partagent le territoire de l'agglomération. Le ressort se vérifie donc avec soin, à partir de l'adresse actuelle du défendeur, avant tout dépôt. Une requête déposée dans la mauvaise juridiction du Grand Tunis n'est pas un incident bénin, elle recommence ailleurs et perd le bénéfice du calendrier déjà obtenu au greffe.
Que se passe t il vraiment lors de l'appel des causes ?
Le greffier appelle chaque affaire inscrite au rôle du jour. Les parties ou leurs avocats répondent, indiquent l'état du dossier, déposent leurs écritures ou sollicitent un renvoi. L'échange dure rarement plus de quelques instants.
L'appel des causes surprend systématiquement ceux qui viennent pour la première fois. La salle est pleine, les dossiers se succèdent rapidement et chacun attend son tour sans horaire individuel. Lorsque le nom des parties est prononcé, celui qui comparaît se présente à la barre, décline sa qualité et annonce en une phrase ce qu'il vient faire : déposer des conclusions, demander un délai, plaider ou s'en remettre au dossier écrit.
Ce rythme n'a rien d'anormal. Le rôle d'une chambre comporte de nombreuses affaires fixées le même jour et l'audience n'est pas le lieu où le fond se discute pour la première fois. Elle est le point de rencontre où l'on constate ce qui a été fait depuis la dernière fois et où l'on fixe ce qui devra l'être avant la suivante. Le fond, lui, se trouve dans les écritures déposées.
Pour une partie non assistée, cette mécanique est déroutante et parfois décourageante. Elle attend des heures pour un échange de trente secondes, comprend mal ce qui vient d'être décidé et repart sans savoir précisément ce qui lui est demandé pour l'audience suivante. Le cabinet prépare toujours ses clients à cette réalité, en leur indiquant ce qui va se dire et ce qui n'a pas vocation à se dire ce jour là.
Pourquoi les affaires sont elles si souvent renvoyées ?
Le renvoi permet de respecter le contradictoire : constitution de la partie adverse, délai pour conclure, communication de pièces, attente d'une expertise. Certains renvois sont indispensables, d'autres sont purement dilatoires et doivent être combattus.
Le renvoi est le mode normal de progression d'un dossier civil. Il traduit une exigence simple : personne ne peut être jugé sur des arguments qu'il n'a pas eu le temps de lire ni sur des pièces qu'il n'a pas pu examiner. Chaque étape du débat écrit s'accompagne donc d'un report qui laisse à l'autre partie le temps de répondre, sous le contrôle du tribunal qui fixe les échéances.
Certaines causes de renvoi sont inévitables. Une convocation qui n'a pas atteint son destinataire doit être renouvelée. Une partie qui se constitue tardivement doit disposer d'un délai pour préparer sa défense. Une expertise ordonnée impose d'attendre le dépôt du rapport, puis de laisser à chacun le temps de le discuter. Ces reports allongent la procédure mais ils protègent la solidité du jugement à venir.
D'autres renvois ne servent qu'à gagner du temps et se reconnaissent à leur répétition. Une partie qui sollicite un délai à chaque audience sans jamais déposer, qui communique ses pièces au compte gouttes ou qui découvre un incident nouveau à chaque appel de l'affaire adopte une stratégie d'usure. Le rôle du conseil est de faire consigner ces retards et de demander que le débat soit clos lorsque le dossier est en état.
Ce qui allonge une procédure et ce qui la raccourcit
- Une adresse de défendeur vérifiée avant le dépôt raccourcit sensiblement la mise en état
- Un bordereau complet dès la première audience évite les communications successives
- Des conclusions déposées avant la date fixée retirent tout argument à une demande de renvoi
- Une expertise mal cadrée dans sa mission fait perdre plusieurs mois à elle seule
- Une pièce produite en langue étrangère sans traduction conforme entraîne un report certain
- Un accord partiel formalisé en cours d'instance réduit le champ restant à juger
Que fait le greffe et comment travailler efficacement avec lui ?
Le greffe enregistre les affaires, tient le rôle, conserve les dossiers et les pièces, consigne les décisions et délivre les copies, y compris la copie exécutoire. Il ne donne jamais d'avis sur le bien fondé d'une demande.
Le greffe est le point de passage obligé de toute la vie du dossier. C'est lui qui enregistre la requête, attribue le numéro de rôle, inscrit l'affaire au calendrier, reçoit les conclusions et les pièces, note à chaque audience la décision prise et consigne le jugement après le prononcé. Une procédure se suit donc autant au guichet que dans la salle d'audience, et cela vaut à tous les stades.
Travailler efficacement avec le greffe suppose une préparation minimale : connaître le numéro de rôle, l'orthographe exacte des noms des parties, la chambre saisie et la date de la dernière audience. Se présenter sans ces éléments condamne à repartir sans information. Déposer des écritures en nombre insuffisant de copies, ou sans bordereau, expose à un refus de dépôt qui fait perdre la date fixée par le tribunal.
Ce que le greffe ne fait pas mérite d'être rappelé. Il ne rédige aucun acte pour le compte d'une partie, n'indique pas si une demande est fondée et ne conseille aucune stratégie. Une remarque de courtoisie au guichet n'est pas une appréciation judiciaire et ne doit jamais être rapportée comme telle. Les décisions se lisent dans le jugement écrit, pas dans une conversation au comptoir.
Qu'est ce qui se plaide et qu'est ce qui s'écrit ?
Le fond se joue dans les écritures et les pièces. La plaidoirie éclaire, hiérarchise et répond aux derniers arguments, mais elle n'ajoute rien qui ne figure déjà au dossier écrit soumis au tribunal.
Beaucoup de justiciables imaginent le procès civil comme un affrontement oral où la meilleure parole l'emporte. La réalité est plus austère. Le tribunal juge sur les conclusions déposées et sur les pièces communiquées, qu'il relit au calme, hors de la salle d'audience. Un moyen brillamment développé à la barre mais absent des écritures risque de n'être ni retenu ni même mentionné dans la décision finale.
L'écrit remplit une fonction précise. Il expose les faits dans l'ordre, articule les moyens de droit, répond point par point aux arguments adverses et formule les demandes sous forme de conclusions numérotées que le tribunal pourra reprendre dans son dispositif. Chaque affirmation renvoie à une pièce identifiée par son numéro au bordereau. C'est cette discipline qui rend une décision favorable à la fois probable et exécutable.
La plaidoirie garde toute son utilité, à condition d'être conçue comme un complément. Elle sert à hiérarchiser ce qui compte, à signaler une pièce décisive, à répondre à un argument déposé la veille et à dissiper un malentendu. Elle gagne à être brève et ordonnée. Une plaidoirie qui reprend intégralement des écritures déjà déposées fatigue le tribunal sans rien ajouter au dossier.
La répartition entre écrit et oral
- L'exposé complet des faits et la chronologie appartiennent à l'écrit
- Le fondement juridique et la discussion des textes appartiennent à l’écrit
- Les demandes chiffrées et leur détail appartiennent à l’écrit
- La réponse aux dernières écritures adverses peut être portée oralement
- La mise en avant de deux ou trois pièces décisives se fait utilement à la barre
- La rectification d'une erreur matérielle relevée dans le dossier se signale oralement
Comment se déroule une mesure d'instruction ordonnée par le tribunal ?
Le tribunal désigne un expert ou ordonne une enquête, fixe la mission et suspend l'examen du fond jusqu'au dépôt du résultat. La qualité de la participation des parties à cette phase pèse lourdement sur la décision finale.
L'expertise est ordonnée lorsque la solution du litige suppose une appréciation technique que le tribunal ne peut porter seul : l'état d'un immeuble, l'origine d'un désordre, le montant d'un préjudice, la sincérité d'une comptabilité. La décision qui l'ordonne fixe la mission de l'expert, et cette mission commande tout ce qui suivra. Une mission rédigée de façon trop étroite laisse sans réponse la question réellement décisive.
La phase d'expertise se déroule hors du tribunal mais reste pleinement judiciaire. L'expert convoque les parties, procède à ses constatations, reçoit leurs observations écrites et dépose un rapport. Ne pas se présenter à une convocation, ne pas adresser de dires ou attendre le rapport pour formuler la moindre critique revient à laisser l'expert écrire seul l'histoire technique du dossier, ce qui pèsera ensuite au jugement.
Une fois le rapport déposé, l'affaire revient devant le tribunal et chaque partie peut le discuter dans ses écritures. Le tribunal n'est pas lié par les conclusions de l'expert, mais il les suit fréquemment lorsqu'aucune critique argumentée ne lui est soumise. C'est donc au stade des opérations, et non après, qu'il faut faire valoir ce qui pourrait être contesté ultérieurement devant la juridiction.
Que doit apporter un justiciable le jour de son audience ?
Une pièce d'identité, le numéro de rôle, le dossier complet des écritures échangées, les originaux des pièces produites en copie et les justificatifs des diligences accomplies depuis la dernière audience.
La préparation matérielle est plus importante qu'on ne le croit. Se présenter en mesure de répondre immédiatement à une question sur la régularité de la procédure évite un renvoi. Cela suppose d'avoir sous la main le procès verbal de signification, les justificatifs de dépôt, les copies des conclusions échangées et l'original des documents dont une copie figure au dossier du tribunal.
Les originaux ne circulent pas. Un contrat, une reconnaissance de dette, un chèque, un constat, une quittance : ces documents fondent souvent l'ensemble du dossier. Ils sont conservés dans une pochette dédiée et ne sont produits qu'à la demande du tribunal. Une pièce originale égarée transforme un dossier solide en dossier discutable, sans qu'aucune démonstration ultérieure ne rattrape vraiment cette perte.
Il faut également prévoir du temps et de la disponibilité. Le rôle du jour comporte de nombreuses affaires et l'ordre d'appel ne se négocie pas. Quitter la salle avant que le dossier ne soit appelé équivaut à ne pas comparaître. Une partie qui ne peut rester doit se faire représenter, en veillant à ce que son représentant dispose de tout le dossier et des instructions nécessaires.
Comment le jugement est il rendu et récupéré ?
L'affaire est mise en délibéré à une date annoncée. Le jugement est alors consigné au registre du greffe et sa copie s'y retire. Il doit ensuite être signifié pour faire courir les délais et permettre l'exécution.
La mise en délibéré marque la fin des débats. Le tribunal annonce la date à laquelle la décision sera prononcée. Cette date est parfois reportée, notamment lorsque le dossier est volumineux ou que la chambre est chargée. Aucune comparution n'est requise le jour du prononcé : la décision est portée au registre et devient consultable, puis disponible en copie auprès du greffe compétent.
Le retrait de la copie ne doit pas attendre. Lire le jugement en entier, dispositif compris, est la seule manière de connaître exactement ce qui a été accordé, ce qui a été rejeté et ce qui a été décidé sur les frais et les intérêts. Beaucoup de justiciables se fient à une compréhension approximative de l'audience et découvrent trop tard qu'une demande accessoire n'a pas été jugée comme ils le pensaient.
Un jugement obtenu n'est pas un paiement obtenu. Pour produire ses effets, il doit être revêtu de la formule exécutoire, puis signifié à la partie condamnée par huissier notaire. Cette signification fait courir les délais de recours et ouvre la voie aux mesures d'exécution. C'est une étape distincte, souvent négligée, et pourtant décisive pour transformer une décision favorable en résultat concret.
En quoi la première instance diffère t elle des degrés supérieurs ?
La première instance construit le dossier : elle reçoit les pièces, ordonne les mesures d'instruction et établit les faits. Les degrés supérieurs contrôlent ce travail dans les limites de leur saisine plutôt que de le recommencer entièrement.
C'est en première instance que tout se joue matériellement. Les pièces y sont produites, les témoins entendus s'il y a lieu, les expertises ordonnées et discutées, les aveux et les reconnaissances consignés. Une pièce qui n'y a pas été versée, une contestation qui n'y a pas été formulée, une expertise qui n'y a pas été demandée laissent une trace durable sur la suite du dossier, même lorsqu'un recours reste ouvert.
Le degré supérieur ne rejuge pas à partir de rien. Il examine la décision attaquée dans les limites de ce qui lui est soumis, à partir d'un dossier constitué en grande partie plus tôt. Les possibilités d'y ajouter des demandes nouvelles sont encadrées par le Code de procédure civile et commerciale et se vérifient au cas par cas. Compter sur l'appel pour réparer une négligence initiale est une stratégie coûteuse et souvent décevante.
Cette différence a une conséquence pratique immédiate sur la manière de travailler. Le cabinet constitue le dossier de première instance comme s'il devait être lu par une juridiction supérieure : pièces numérotées, chronologie établie, moyens exposés en entier, contestations formulées en temps utile. Ce soin initial est ce qui rend un éventuel recours utile plutôt que purement dilatoire pour la partie qui l'exerce.
Le parcours d'un dossier civil devant le tribunal
- Vérifier le ressort et la chambre concernée
Avant le dépôt, il faut savoir non seulement quel tribunal est compétent mais quelle chambre traitera la matière. Une demande déposée dans la bonne juridiction mais orientée vers une chambre inadaptée subit une réorientation qui coûte au minimum une audience, parfois davantage lorsque le rôle est chargé.
- Déposer la requête introductive et payer les frais
La requête est remise au greffe avec le bordereau et les pièces. Les frais de greffe et les droits exigibles sont acquittés au dépôt. L'affaire est enregistrée, reçoit un numéro de rôle et une date d'audience est fixée. Ce numéro conditionne tout suivi ultérieur du dossier.
- Faire signifier la convocation au défendeur
L'huissier notaire porte la convocation à la connaissance de la partie adverse, à personne lorsque c'est possible. Le tribunal vérifie cette formalité avant tout examen du fond. Une adresse erronée ou un procès verbal peu détaillé entraîne des renvois répétés que rien ne rattrape ensuite.
- Se présenter à la première audience
L'affaire est appelée avec les autres dossiers du rôle. Le tribunal constate la présence des parties, contrôle la régularité de la convocation et fixe le calendrier des échanges. Une plaidoirie dès cette audience est l'exception, jamais la règle, quel que soit l'état de préparation du demandeur.
- Échanger les conclusions et communiquer les pièces
Chaque partie dépose ses écritures et remet copie des pièces à l'autre. C'est la phase déterminante du dossier, car le tribunal jugera sur ces documents. Une communication tardive expose à un rejet des pièces ou, plus souvent, à un renvoi supplémentaire réclamé par l'adversaire.
- Répondre aux mesures ordonnées par le tribunal
Le tribunal peut ordonner une expertise, une enquête, une comparution personnelle ou la production d'un document. L'affaire attend alors le résultat de cette mesure. Le respect scrupuleux des convocations de l'expert et le dépôt des dires dans les temps pèsent lourdement sur la décision finale.
- Plaider ou déposer, puis attendre le délibéré
Quand le dossier est en état, l'affaire est plaidée ou déposée sur écritures, puis mise en délibéré. Le jugement est prononcé à une date annoncée, parfois reportée. La copie se retire au greffe, puis se fait signifier pour faire courir les délais de recours et ouvrir l'exécution.
Les moments d'une audience et ce qui s'y joue
| Moment | Ce qui se passe | Ce que la partie doit préparer |
|---|---|---|
| Ouverture et appel des causes | Le greffier appelle les affaires dans l’ordre du rôle | Être présent dès le début et connaître le numéro de rôle |
| Vérification de la convocation | Le tribunal contrôle que le défendeur a été régulièrement informé | Avoir le procès verbal de signification en main |
| Constitution de la partie adverse | L’avocat du défendeur se constitue et demande un délai pour conclure | Anticiper ce délai et ne pas le contester par principe |
| Dépôt des conclusions | Les écritures sont remises au greffe et communiquées | Conclusions déposées avant l’audience, pièces numérotées |
| Demande de renvoi | Une partie sollicite un report pour un motif énoncé | Un motif écrit lorsque le renvoi est demandé par soi même |
| Mesure d'instruction | Le tribunal ordonne une expertise ou une enquête | La consignation éventuelle et la liste des points à soumettre |
| Plaidoirie ou dépôt | Les moyens sont développés oralement ou le dossier est déposé | Une note de plaidoirie brève et le dossier complet |
| Mise en délibéré | Le tribunal annonce la date du prononcé | Noter la date et prévoir le retrait de la copie au greffe |
Cas particuliers
Le client réside à l'étranger et ne peut pas comparaître
La comparution personnelle n'est pas requise à chaque audience en matière civile. Un client établi hors de Tunisie confie son dossier sur procuration régulièrement établie et, selon le pays, légalisée ou apostillée. Le cabinet dépose, suit les audiences, échange les écritures et rend compte à distance. Seules certaines mesures, comme une comparution personnelle ordonnée par le tribunal ou une réunion d'expertise sur place, appellent une organisation particulière prévue à l'avance.
Le défendeur est une société dont le siège a changé
La convocation se dirige contre la personne morale, à son siège social actuel et entre les mains de son représentant légal. Le siège figurant sur un contrat ancien est fréquemment obsolète. La vérification préalable au registre national des entreprises évite une signification faite à une adresse abandonnée, qui sera contestée et coûtera plusieurs audiences avant même que le fond ne soit abordé.
Une pièce déterminante est rédigée en langue étrangère
Un document produit en langue étrangère doit être accompagné d'une traduction établie dans les conditions admises devant les juridictions tunisiennes. Une pièce versée sans traduction conforme est écartée ou entraîne un renvoi. Cette contrainte concerne fréquemment les contrats internationaux, les relevés bancaires étrangers et les échanges commerciaux, et elle se traite avant le dépôt plutôt qu'à la demande du tribunal.
Une procédure identique est déjà pendante ailleurs
Lorsque le même litige, entre les mêmes parties et sur le même objet, est déjà porté devant une autre juridiction, une exception de litispendance peut être soulevée. Il en va de même en cas de connexité entre deux affaires liées. Ces incidents se soulèvent dans les conditions et les formes prévues par le code, et leur traitement précoce évite deux procédures parallèles aboutissant à des décisions difficiles à concilier.
Une audience dure quelques instants, un dossier se construit sur des mois : ce qui se dit à la barre ne rattrape jamais ce qui manque dans les écritures. Le tribunal juge ce qu'il lit, et il lit ce que les parties ont pris la peine de déposer en temps utile.
Les erreurs qui coûtent cher
Venir à la première audience en pensant que le fond va être jugé
La partie repart déçue sans avoir compris le calendrier fixé, et néglige les échéances de dépôt qui suivent.
Communiquer les pièces au fil des audiences
Chaque communication tardive justifie un nouveau renvoi demandé par l'adversaire et allonge la procédure de plusieurs mois.
Ne pas participer aux opérations d'expertise
Le rapport est déposé sans contradiction utile et le tribunal s'appuie sur des constatations qui n'ont jamais été discutées.
Développer à la barre un moyen absent des conclusions
Le moyen risque de ne pas être retenu, faute d'avoir été soumis par écrit au tribunal et à la partie adverse.
Considérer le jugement comme la fin du dossier
Sans formule exécutoire ni signification, la décision reste sans effet et le temps utile pour agir se consomme inutilement.
Questions fréquentes
Le tribunal de première instance juge t il toujours en formation collégiale ?
Non. Le Code de procédure civile et commerciale attribue certaines matières au juge unique et en réserve d'autres à une formation collégiale. La composition dépend donc de la nature de l'affaire et se vérifie au cas par cas.
Puis je connaître la date de ma prochaine audience sans avocat ?
Oui, en vous adressant au greffe de la chambre saisie, muni du numéro de rôle et du nom exact des parties. Sans ces éléments, la recherche au guichet est très difficile et souvent infructueuse.
Combien de temps dure une procédure devant cette juridiction ?
Aucune durée fiable ne peut être annoncée à l'avance. Elle dépend de la matière, de la charge du rôle, des mesures d'instruction ordonnées et de l'attitude de la partie adverse pendant la mise en état du dossier.
Une partie peut elle produire une pièce nouvelle à tout moment ?
La production reste possible pendant la mise en état, mais elle doit être communiquée à l'adversaire qui pourra demander un délai pour y répondre. Une pièce déposée juste avant le délibéré entraîne presque toujours un report.
Que se passe t il si personne ne se présente pour le défendeur ?
Si la convocation a été régulièrement signifiée, la procédure se poursuit et une décision peut intervenir en son absence. Cette décision reste exposée à des recours propres, ce qui exige une signification irréprochable.
Le tribunal peut il ordonner une expertise que je n'ai pas demandée ?
Oui, lorsqu'il estime qu'une appréciation technique est nécessaire pour trancher. Les parties sont alors convoquées par l'expert et doivent participer aux opérations pour faire valoir leurs observations en temps utile.
Comment obtenir la copie exécutoire d'un jugement ?
Elle se demande au greffe une fois la décision rendue et les conditions réunies. C'est cette copie, revêtue de la formule exécutoire et signifiée, qui permet à un huissier notaire d'engager les mesures d'exécution.
Une affaire peut elle être renvoyée devant une autre chambre ?
Oui, lorsque la matière relève d'une chambre différente ou en cas de connexité avec un dossier déjà pendant. Ce renvoi interne coûte du temps, ce qui justifie de vérifier l'orientation de la demande avant le dépôt.
Sources et vérification
- Code de procédure civile et commerciale, compétence, mise en état et déroulement des audiences
- Textes relatifs à l'organisation judiciaire et à la division des tribunaux en chambres
- Code des obligations et des contrats, fondement des demandes civiles au fond
- Pratique du cabinet devant les juridictions du Grand Tunis
Cette page donne une information générale sur le droit tunisien. Elle ne remplace pas l'examen de vos pièces par un avocat. Dernière vérification le 19 août 2026 par Maître Amine Messaadi.
À lire ensuite
Ce sujet relève de notre pratique en contentieux civil. Le dossier complet se trouve dans le guide procédure civile.