Blog Pénal et procédure

Violences conjugales en Tunisie : protection immédiate et démarches

La loi tunisienne relative à l'élimination de la violence à l'égard des femmes permet de demander des mesures de protection sans attendre l'issue d'une procédure pénale. La priorité est la mise en sécurité, puis le certificat médical et le signalement aux unités spécialisées, qui ouvrent l'accès à ces mesures.

Par Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis. Publié le 18 août 2026, vérifié le 18 août 2026. 15 min de lecture

À retenir

  • La mise en sécurité passe avant toute démarche administrative ou judiciaire.
  • Le certificat médical est la pièce centrale, il se demande sans attendre.
  • Des unités spécialisées reçoivent les signalements et orientent les victimes.
  • Des mesures de protection peuvent être demandées avant tout jugement.
  • Le retrait de la plainte n'arrête pas nécessairement les poursuites.

Sur quels textes cela repose

Loi relative à l'élimination de la violence à l'égard des femmes
Elle définit largement la violence, physique, morale, sexuelle et économique, organise la prise en charge des victimes, prévoit des unités spécialisées au sein des services de sécurité et permet au juge de prononcer des mesures de protection avant même l'issue de la procédure.
Code pénal tunisien
Il réprime les violences, les menaces, la séquestration et les atteintes à l'intégrité de la personne. La qualification retenue dépend notamment des constatations médicales, ce qui explique le rôle déterminant du certificat établi dès les premiers jours.
Code de procédure pénale tunisien
Il organise le dépôt de plainte, l'enquête conduite sous le contrôle du procureur de la République, la saisine éventuelle du juge d'instruction et la constitution de partie civile permettant d'accéder au dossier et de demander réparation.

Que recouvre la notion de violence conjugale en droit tunisien ?

La loi relative à l'élimination de la violence à l'égard des femmes retient une définition large, qui ne se limite pas aux coups. Elle englobe la violence physique, morale, sexuelle et économique, y compris lorsque aucune trace visible n'existe.

Cette définition large répond à une réalité constante des dossiers. Les situations dans lesquelles nos équipes interviennent comportent rarement une seule forme de violence. La contrainte économique accompagne fréquemment la violence physique, la surveillance du téléphone précède souvent les menaces, et l'isolement progressif rend la démarche de signalement plus difficile à engager. La loi tient compte de cet ensemble et n'exige pas qu'un fait unique soit spectaculaire pour être pris en considération.

L'absence de trace visible ne signifie donc pas absence d'infraction. La violence morale et la violence économique produisent des effets documentables : suivi médical, arrêt de travail, retrait des moyens de paiement, confiscation des documents d'identité, isolement familial constaté par des tiers. Ces éléments se prouvent, à condition d'y penser suffisamment tôt et de les rassembler méthodiquement plutôt que de les considérer comme des détails du quotidien.

La loi prévoit également une prise en charge, et non seulement une répression. Elle organise l'accueil des victimes, l'existence d'unités spécialisées au sein des services de sécurité et la possibilité d'obtenir des mesures de protection sans attendre l'issue du procès pénal. Cette dimension est importante pour les personnes qui hésitent à porter plainte : il existe des démarches intermédiaires, moins engageantes, qui ouvrent déjà des droits.

Enfin, la violence exercée en présence des enfants concerne directement ces derniers. Les enfants exposés à des scènes répétées subissent un préjudice propre, qui doit être documenté et pris en compte, tant sur le plan pénal que dans les décisions relatives à leur garde et à leur droit de visite. Cet aspect est trop souvent abordé tardivement, alors qu'il pèse fortement sur les décisions à venir.

Que faire dans l'urgence, quand le danger est immédiat ?

La priorité absolue est la mise en sécurité physique, avec les enfants si nécessaire. Les services de sécurité peuvent intervenir immédiatement, et l'intervention laisse une trace écrite même sans plainte déposée le jour même.

Dans l'urgence, aucune démarche juridique ne prime sur le fait de quitter le lieu du danger. Rejoindre un proche, une structure d'accueil ou un endroit public sûr est la première décision. Beaucoup de personnes retardent ce moment par crainte des conséquences pratiques, logement, enfants, ressources. Ces questions se règlent ensuite, et elles se règlent mieux depuis un lieu sûr que depuis le domicile où la violence se produit.

Prévenir une personne de confiance est la deuxième mesure, et elle a une double utilité. Elle rompt l'isolement, qui est souvent le premier instrument de la contrainte. Elle constitue également un témoignage futur, précis et daté, sur ce que cette personne a constaté, entendu ou reçu comme appel. Ces témoignages de proches jouent un rôle important lorsque les faits se déroulent sans autre témoin.

L'appel aux services de sécurité produit un effet qui dépasse l'intervention immédiate. Le déplacement d'une patrouille, la constatation sur place, la mention faite au service laissent une trace administrative datée. Même lorsque la personne ne souhaite pas déposer plainte ce jour là, cette trace établit ultérieurement l'ancienneté et la répétition de la situation, ce qui change considérablement l'appréciation du dossier.

Les gestes prioritaires en situation de danger

  • Quitter le lieu du danger et rejoindre un endroit sûr
  • Emmener les enfants si leur sécurité est en cause
  • Prévenir une personne de confiance et rester joignable
  • Faire intervenir le poste de police ou la brigade compétente
  • Emporter pièce d'identité, téléphone et documents essentiels
  • Consulter un médecin le plus tôt possible
  • Noter par écrit la date, l'heure et le déroulement des faits

Pourquoi le certificat médical est il la pièce centrale ?

Parce qu'il constate objectivement des faits qui disparaissent. Les lésions s'effacent en quelques jours et aucun récit ultérieur ne remplace une constatation médicale datée, qui influe directement sur la qualification retenue.

Le certificat médical présente une caractéristique que peu d'autres pièces possèdent : il émane d'un tiers professionnel, il est daté et il décrit ce qui a été observé, indépendamment des déclarations des parties. C'est cette qualité qui lui donne son poids dans la procédure. Une description précise des lésions, de leur localisation et de leur aspect permet ensuite d'apprécier la gravité des faits et leur compatibilité avec le récit.

La question du délai est décisive et elle est trop souvent négligée. Les marques évoluent rapidement, certaines apparaissent avec un décalage, d'autres s'effacent en quelques jours. Une consultation menée sans attendre fixe un état que rien ne permettra de reconstituer ensuite. Nos équipes rencontrent régulièrement des dossiers où la réalité des violences n'est pas discutable, mais où l'absence de constatation médicale prive la procédure de son point d'appui principal.

Le certificat doit aussi refléter le retentissement psychologique lorsqu'il existe : troubles du sommeil, anxiété, état de stress, incapacité à reprendre le travail. Ces éléments comptent, en particulier dans les situations où la violence est essentiellement morale. Un suivi régulier, même bref, produit une série de documents datés qui établissent la durée et l'évolution de la situation.

Il faut conserver l'original en lieu sûr et en remettre une copie lors du dépôt de plainte, en demandant que sa remise soit mentionnée. La même précaution vaut pour les certificats concernant les enfants. Un ensemble de certificats successifs, sur plusieurs mois, constitue l'un des dossiers les plus solides qu'il soit possible de présenter à une juridiction.

Où signaler les faits et à qui s'adresser ?

Les faits se signalent auprès d'un poste de police, d'une brigade de la garde nationale ou des unités spécialisées prévues pour l'accueil des victimes de violence. Le procureur de la République peut également être saisi directement par écrit.

Le signalement et la plainte ne sont pas la même démarche, et cette distinction est utile aux personnes qui ne se sentent pas prêtes à engager des poursuites. Le signalement fait connaître la situation, ouvre l'accès aux dispositifs d'accompagnement et laisse une trace datée. Il constitue souvent une première étape, moins définitive dans la perception, mais déjà porteuse d'effets concrets sur le plan de la preuve.

Les unités spécialisées ont été prévues précisément pour ce type de situation. Leur intérêt tient à la formation de leurs agents et à leur connaissance des dispositifs de prise en charge, ce qui change la qualité de l'accueil. Lorsqu'une telle unité est accessible, elle constitue le point d'entrée le plus adapté, en particulier lorsque des enfants sont concernés ou lorsque la situation dure depuis longtemps.

La saisine écrite du procureur de la République reste une voie ouverte et parfois préférable. Elle permet d'exposer les faits dans l'ordre, sur plusieurs années s'il le faut, de joindre les certificats et les témoignages, et d'éviter qu'une situation complexe soit résumée en quelques lignes. Cette voie est celle que le cabinet privilégie lorsque les faits sont anciens, répétés et documentés.

Les interlocuteurs à connaître

  • Poste de police ou brigade de la garde nationale du lieu des faits
  • Unités spécialisées dans l'accueil des victimes de violence
  • Établissement de santé pour le certificat médical
  • Procureur de la République, saisi directement par écrit
  • Structures d'accueil et d'hébergement pour la mise à l'abri
  • Avocat, pour la demande de mesures de protection et le suivi

Quelles mesures de protection peuvent être demandées ?

La loi permet au juge de prononcer des mesures destinées à faire cesser le danger sans attendre l'issue du procès pénal. Elles visent notamment l'éloignement, l'interdiction d'approcher et l'organisation provisoire de la situation familiale.

L'intérêt de ces mesures tient à leur rapidité relative. Une procédure pénale se déroule sur plusieurs mois, parfois davantage, alors que le danger est actuel. Le mécanisme de protection répond à ce décalage en permettant d'obtenir des décisions immédiates, fondées sur la réalité du risque et non sur la démonstration complète de la culpabilité, qui interviendra plus tard dans un autre cadre.

La demande doit être documentée. Le juge apprécie l'existence et l'actualité du danger à partir des éléments produits : certificats médicaux, signalements antérieurs, témoignages de proches, messages de menaces, interventions des services de sécurité. Plus la chronologie est précise et rattachée à des pièces, plus la demande est solide. Une demande fondée sur le seul récit, sans document, rencontre des difficultés.

Ces mesures s'articulent avec les questions familiales, qui se posent presque toujours en parallèle : résidence des enfants, droit de visite, contribution aux charges, occupation du logement. Ces sujets ne peuvent pas être traités indépendamment de la situation de violence, et les décisions prises dans l'urgence orientent souvent durablement l'organisation familiale ultérieure.

Le cabinet prépare ces demandes en réunissant l'ensemble des pièces disponibles et en exposant la situation de manière factuelle, chronologique et vérifiable. Cette approche est plus efficace qu'un récit émotionnel, non parce que la souffrance ne compte pas, mais parce que la décision se prend sur des éléments que le juge peut contrôler.

Comment réunir des preuves quand il n'y a pas de témoin ?

La violence conjugale se produit le plus souvent sans témoin direct. La preuve repose alors sur un faisceau : constatations médicales successives, messages, témoignages indirects de proches, traces administratives et documents financiers.

L'absence de témoin direct est la règle, pas l'exception, et elle ne rend pas la démonstration impossible. Les juridictions apprécient un ensemble d'éléments concordants plutôt qu'une preuve unique. Un certificat médical, un message envoyé la nuit des faits à une amie, une intervention des services de sécurité et une attestation de l'employeur constatant une absence forment ensemble une démonstration nettement plus convaincante que chacun de ces éléments isolé.

Le témoignage indirect a une valeur réelle. Une personne qui n'a pas assisté aux faits mais qui a reçu un appel, constaté un état, hébergé la victime ou entendu des menaces au téléphone peut attester utilement de ce qu'elle a personnellement perçu. L'attestation doit être écrite, signée, accompagnée de la pièce d'identité de son auteur, et rester factuelle : ce que la personne a vu, entendu, quand et où.

Les traces matérielles sont souvent négligées. Les messages de menaces ou de contrition envoyés après une scène, les appels répétés à des heures inhabituelles, les relevés montrant une privation soudaine de ressources, les documents d'identité conservés par le conjoint, les échanges avec l'employeur constituent des éléments datés. Il faut les enregistrer sur un support conservé hors du domicile, à l'abri d'un accès du conjoint.

Éléments à rassembler progressivement

  • Certificats médicaux successifs, y compris pour les enfants
  • Messages, appels et enregistrements de conversations écrites
  • Attestations de proches ayant constaté un état ou reçu un appel
  • Traces des interventions des services de sécurité
  • Attestations de l'employeur, absences et arrêts de travail
  • Relevés bancaires montrant la privation de ressources
  • Journal écrit des faits, avec dates, heures et circonstances

Que deviennent les enfants pendant la procédure ?

La situation des enfants se traite en parallèle et non après. Résidence, droit de visite et contribution aux charges peuvent faire l'objet de décisions provisoires, prises en tenant compte du contexte de violence.

L'erreur la plus fréquente consiste à traiter le volet pénal d'abord et le volet familial ensuite. Or les deux se répondent. Une décision provisoire relative à la résidence des enfants prise sans que le contexte de violence ait été exposé et documenté produit des effets durables, difficiles à corriger par la suite. Il faut donc que les pièces établissant la situation soient versées dès le premier examen.

Les enfants exposés à des scènes de violence subissent un préjudice propre, distinct de celui du parent. Ce préjudice se documente : suivi médical ou psychologique, observations de l'établissement scolaire, modification du comportement, troubles du sommeil. Ces éléments comptent dans l'appréciation des modalités de garde et du droit de visite, et ils justifient parfois des aménagements particuliers.

La question du maintien du lien avec l'autre parent se pose et elle ne se résout pas par des affirmations générales. Elle s'apprécie à partir de la nature des faits, de leur ancienneté, de la présence ou non des enfants lors des scènes et des éléments médicaux disponibles. Le cabinet aborde ce sujet avec précision, car les demandes excessives ou insuffisamment étayées desservent la personne qui les présente.

Enfin, il faut anticiper les questions matérielles. Le logement, les ressources et la scolarité conditionnent la possibilité de tenir dans la durée. Ces sujets font partie intégrante du dossier et se préparent en même temps que le volet pénal, afin que la mise en sécurité ne se transforme pas en précarité contrainte.

Le retrait de la plainte met il fin aux poursuites ?

Pas nécessairement. Le procureur de la République apprécie la suite à donner et peut décider de poursuivre malgré le retrait, selon la nature et la gravité des faits établis par le dossier.

Cette question revient dans presque tous les dossiers, souvent sous une forte pression familiale ou financière. Il faut savoir que le retrait d'une plainte ne fait pas disparaître les éléments déjà réunis. Les certificats médicaux, les procès verbaux et les témoignages restent au dossier, et le ministère public conserve son appréciation sur l'opportunité des poursuites, indépendamment de la volonté exprimée par la personne concernée.

Il faut également mesurer les conséquences pratiques d'un retrait. Il fragilise la crédibilité d'une nouvelle démarche ultérieure, alors même que les situations de violence connaissent fréquemment des cycles d'apaisement suivis de reprises. Nos équipes voient régulièrement des personnes revenir plusieurs mois plus tard, dans une situation aggravée, avec un dossier affaibli par les démarches abandonnées entre temps.

Cela ne signifie pas qu'il faille poursuivre contre son gré. Cela signifie que la décision mérite d'être prise en connaissance de ses effets, après avoir examiné les alternatives : maintien de la plainte avec demande de mesures de protection, organisation de la séparation, garanties écrites sur la situation matérielle. Le cabinet expose ces options sans exercer de pression, la décision appartenant à la personne concernée.

Comment être accompagnée quand on n'est pas prête à porter plainte ?

Il existe des démarches intermédiaires. Le signalement, la consultation médicale, la mise à l'abri des documents et la constitution progressive d'un dossier préservent l'avenir sans engager immédiatement des poursuites.

L'hésitation est fréquente et elle s'explique par des raisons concrètes : dépendance économique, situation des enfants, pression familiale, crainte des représailles, incertitude sur le logement. Ces raisons ne sont pas des faiblesses, elles sont des obstacles réels qui se traitent un par un. La question posée n'est donc pas de savoir si l'on porte plainte aujourd'hui, mais quelles mesures peuvent être prises dès maintenant sans engagement irréversible.

Plusieurs démarches entrent dans cette catégorie. Consulter un médecin et faire établir un certificat, même sans suite immédiate. Mettre les documents essentiels à l'abri chez une personne de confiance. Conserver les messages sur un support extérieur au domicile. Tenir un journal daté des faits. Chacune de ces actions renforce la position future sans rendre la situation publique ni déclencher de procédure.

La consultation d'un avocat entre également dans ce cadre. Elle permet de savoir ce que contient le dossier, ce qui manque, quelles mesures sont accessibles et selon quel calendrier. Cette information change souvent la perception de la situation, car beaucoup de personnes surestiment le caractère irréversible des démarches et mesurent mal les protections déjà disponibles.

Le cabinet reçoit ces demandes avec la confidentialité qui s'attache au secret professionnel, et nos équipes répondent à toute heure lorsque la situation devient urgente. Aucune démarche n'est engagée sans l'accord de la personne concernée, et le rythme de la procédure est adapté à sa situation personnelle et familiale.

De la mise en sécurité à la protection judiciaire

  1. Se mettre en sécurité et sécuriser les enfants

    La première question n'est pas juridique. Rejoindre un lieu sûr, chez un proche ou dans une structure d'accueil, prévenir une personne de confiance et emmener les enfants si leur sécurité est en cause. Les démarches administratives et judiciaires se conduisent ensuite, depuis un endroit où l'on ne craint rien.

    Immédiatement en cas de danger

  2. Alerter les services de sécurité

    Le poste de police ou la brigade de la garde nationale peuvent intervenir en urgence. Ce déplacement laisse une trace écrite, même en l'absence de plainte immédiate. Cette trace datée est ensuite très utile pour établir la répétition des faits et l'ancienneté de la situation.

    Dès que le danger apparaît

  3. Faire établir un certificat médical

    La consultation dans un établissement de santé permet de faire constater les lésions, les traces et le retentissement psychologique. Le certificat doit décrire précisément ce qui est observé. Cette pièce détermine souvent la qualification retenue et elle ne peut pas être reconstituée plus tard.

    Sans attendre, les traces disparaissent vite Certificat médical descriptif et daté

  4. Rassembler et mettre à l'abri les documents essentiels

    Pièce d'identité, livret de famille, actes de naissance des enfants, carnets de santé, contrat de travail, documents bancaires et titres relatifs au logement. Une copie doit être conservée chez une personne de confiance, car l'accès au domicile peut devenir impossible du jour au lendemain.

    Copies des documents personnels et familiaux

  5. Signaler les faits à une unité spécialisée

    Des unités spécialisées reçoivent les signalements de violence à l'égard des femmes et orientent vers les dispositifs de prise en charge. Le signalement peut précéder la plainte et il permet d'être informée des mesures disponibles avant de décider de la suite à donner.

  6. Demander des mesures de protection

    La loi permet de solliciter des mesures destinées à faire cesser le danger, sans attendre l'issue de la procédure pénale. La demande s'appuie sur les certificats médicaux, les signalements antérieurs, les témoignages et tout élément établissant la réalité et l'actualité du risque.

    Dossier de protection réunissant les preuves du danger

  7. Déposer plainte et se constituer partie civile

    La plainte engage les poursuites et la constitution de partie civile donne accès au dossier, permet de demander des actes et ouvre le droit à réparation. Ces démarches se préparent avec un avocat, afin que les faits soient exposés dans l'ordre et rattachés à chaque pièce.

    Exposé chronologique et bordereau de pièces

Formes de violence et traces à conserver

Forme de violenceManifestation concrèteTrace à conserver
Violence physiqueCoups, blessures, marques visibles ou internesCertificat médical descriptif, photographies datées
Menaces et intimidationsMenaces de mort, menaces visant les enfants ou la familleMessages conservés, témoignages écrits, dépôts antérieurs
Violence morale et psychologiqueHumiliations répétées, surveillance permanente, chantageSuivi médical ou psychologique, attestations de proches
Violence économiqueConfiscation du salaire, privation de ressources ou de documentsRelevés bancaires, absence de moyens de paiement, témoignages
Violence sexuelleContrainte, atteintes sexuelles au sein du coupleConstatations médicales établies dans les meilleurs délais
Violence numériqueContrôle du téléphone, diffusion d'images, usurpation de compteCaptures complètes avec dates, historiques de connexion
Isolement et enfermementInterdiction de sortir, de travailler ou de voir sa familleTémoignages, attestations de l'employeur, ruptures de contact
Violence exercée devant ou sur les enfantsScènes répétées en présence des enfants, atteintes directesCertificats médicaux des enfants, signalements scolaires

Cas particuliers

Enfant mineur victime ou témoin des faits

L'enfant exposé à des scènes répétées subit un préjudice propre, qui se documente par un certificat médical, un suivi psychologique et les observations de l'établissement scolaire. Lorsque l'enfant est directement atteint, le signalement s'impose sans délai et la situation relève des dispositifs spécifiques de protection de l'enfance.

Personne résidant à l'étranger

Une personne mariée à l'étranger et exposée à des violences lors d'un séjour en Tunisie peut faire constater les faits sur place et engager une procédure suivie ensuite par avocat sur procuration. Inversement, une victime installée hors du pays peut faire suivre en Tunisie un dossier concernant des faits commis sur le territoire, sans se déplacer pour chaque acte.

Dépendance économique complète

La confiscation du salaire, la privation de moyens de paiement ou la conservation des documents d'identité relèvent de la violence économique visée par la loi. Ces situations se documentent par les relevés bancaires et les témoignages, et elles justifient des demandes portant sur la contribution aux charges et sur l'occupation du logement.

Violences exercées par voie numérique

Contrôle du téléphone, lecture des messages, diffusion d'images intimes, usurpation d'un compte : ces faits s'inscrivent dans le champ de la violence et relèvent également de la législation sur la cybercriminalité. Les captures complètes, avec dates et identifiants visibles, doivent être enregistrées sur un support inaccessible au conjoint.

Une protection s'obtient sur des pièces datées, pas sur un récit. Le certificat établi le jour même pèse plus lourd que dix explications données six mois plus tard.
Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis

Les erreurs qui coûtent cher

Attendre plusieurs jours avant de consulter un médecin

Les traces disparaissent et la constatation objective des lésions devient impossible à obtenir.

Laisser les documents personnels au domicile

L'accès aux pièces d'identité et aux documents des enfants peut être bloqué, ce qui paralyse toutes les démarches.

Ne conserver aucune trace des faits antérieurs

La répétition et l'ancienneté de la situation ne peuvent plus être démontrées, ce qui affaiblit la demande de protection.

Traiter la question des enfants après la procédure pénale

Des décisions provisoires sont prises sans que le contexte de violence ait été exposé, et elles s'installent durablement.

Conserver les preuves uniquement sur le téléphone du domicile

L'appareil peut être confisqué ou réinitialisé, et l'ensemble des éléments réunis disparaît en une seule fois.

Questions fréquentes

Peut on demander une protection sans déposer plainte ?

La loi prévoit des mesures destinées à faire cesser le danger, qui se demandent au vu des éléments établissant le risque. Un signalement, des certificats médicaux et des témoignages permettent d'engager cette démarche. Le cabinet examine les options disponibles selon la situation exacte.

Le certificat médical est il obligatoire pour porter plainte ?

Il n'est pas une condition de recevabilité, mais il constitue la pièce la plus déterminante du dossier. Une plainte sans constatation médicale repose sur les seules déclarations et rencontre des difficultés dès que les faits sont contestés.

Que faire si le poste refuse de prendre la plainte ?

La saisine écrite du procureur de la République reste toujours ouverte et permet d'exposer les faits avec les pièces annexées. Une unité spécialisée peut également être sollicitée. Le cabinet rédige et adresse cette plainte lorsque la démarche directe n'aboutit pas.

Puis je rester dans le logement familial ?

La question de l'occupation du logement se traite dans le cadre des mesures provisoires, en tenant compte de la situation des enfants et du danger établi. Elle se prépare avec les justificatifs relatifs au bail ou à la propriété et aux ressources de chacun.

Les messages de menaces sont ils recevables comme preuve ?

Oui, à condition d'être conservés dans leur continuité, avec les dates et l'identifiant de l'expéditeur visibles. Une capture isolée portant sur une phrase a peu de portée. Enregistrez les échanges complets sur un support conservé hors du domicile.

Mon conjoint est à l'étranger, la procédure est elle possible ?

Oui pour les faits commis en Tunisie. L'éloignement complique la mise en œuvre de certaines mesures, mais il n'empêche ni le dépôt de plainte, ni la constitution du dossier, ni les demandes relatives aux enfants et aux charges de la famille.

Combien de temps pour obtenir une décision de protection ?

Les mesures de protection ont été conçues pour intervenir rapidement, sans attendre l'issue du procès pénal. Le délai réel dépend de la juridiction saisie et de la complétude du dossier présenté. Un dossier documenté dès le dépôt évite les renvois successifs.

Le cabinet intervient il en dehors des heures de bureau ?

Oui. Nos équipes répondent à toute heure lorsque la situation présente un caractère d'urgence, et orientent immédiatement sur la mise en sécurité, la consultation médicale et la conservation des preuves. Les démarches judiciaires sont ensuite organisées avec la personne concernée.

Sources et vérification

  • Loi tunisienne relative à l'élimination de la violence à l'égard des femmes
  • Code pénal tunisien, violences, menaces et atteintes à la personne
  • Code de procédure pénale tunisien, plainte et mesures d'enquête
  • Pratique du cabinet en assistance des victimes de violences intrafamiliales

Cette page donne une information générale sur le droit tunisien. Elle ne remplace pas l'examen de vos pièces par un avocat. Dernière vérification le 18 août 2026 par Maître Amine Messaadi.

À lire ensuite

Ce sujet relève de notre pratique en pénal. Le dossier complet se trouve dans le guide pénal et procédure.

Première étape

Votre situation ressemble à ce cas ?

Décrivez la en quatre questions. Le cabinet vérifie les délais qui vous concernent et vous répond en quelques heures.

Démarrer ma demande Appeler le cabinet

Vos échanges sont couverts par le secret professionnel.

Une urgence, à toute heure ?

Appeler WhatsApp Ma demande