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Abus de confiance en Tunisie : comment le prouver

L'abus de confiance suppose une remise volontaire suivie d'un détournement. La difficulté n'est pas la qualification mais la preuve : il faut établir que la chose a été remise à titre précaire, puis que la personne a refusé de la restituer. L'écrit et la mise en demeure sont déterminants.

Par Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis. Publié le 18 août 2026, vérifié le 18 août 2026. 14 min de lecture

À retenir

  • La remise est volontaire, c'est ce qui distingue l'abus de confiance du vol.
  • Sans preuve de la remise, aucune poursuite ne prospère durablement.
  • La mise en demeure restée sans réponse matérialise le refus de restituer.
  • Un accord verbal entre proches laisse presque toujours des traces écrites.
  • La restitution se demande en même temps que la condamnation, pas après.

Sur quels textes cela repose

Code pénal tunisien
Il définit l'abus de confiance comme le détournement, au préjudice d'autrui, d'une chose remise à charge de la rendre, de la représenter ou d'en faire un usage déterminé. La qualification suppose donc une remise préalable et un titre précaire.
Code des obligations et des contrats
Il régit le prêt, le dépôt, le mandat et les autres conventions qui fondent la remise. Il détermine les obligations de restitution et sert de base à l'action civile en restitution et en réparation, engagée seule ou parallèlement à la voie pénale.
Code de procédure pénale tunisien
Il organise la plainte, l'enquête, la constitution de partie civile et les demandes d'actes permettant d'établir le détournement, notamment les vérifications bancaires et les auditions des personnes présentes lors de la remise.

Qu'est ce que l'abus de confiance en droit tunisien ?

L'abus de confiance sanctionne le détournement d'une chose remise volontairement à charge de la rendre, de la représenter ou d'en faire un usage déterminé. Il suppose donc une remise licite au départ, puis un manquement à l'obligation de restitution.

Le mécanisme se comprend en deux temps. Dans un premier temps, une personne remet volontairement une somme, un document ou un bien à une autre, sur le fondement d'une convention : un prêt, un dépôt, un mandat, une mise à disposition professionnelle. Cette remise est parfaitement licite et elle ne transfère pas la propriété. Dans un second temps, le détenteur se comporte comme s'il était propriétaire, refuse de restituer, revend, consomme ou affecte la chose à un autre usage.

Cette structure explique pourquoi la preuve est le véritable enjeu de ces dossiers. La difficulté ne porte presque jamais sur le droit, qui est clair, mais sur la démonstration du premier temps. Établir qu'une somme a été versée est souvent simple, un relevé bancaire y suffit. Établir qu'elle a été versée à titre de prêt et non de don, ou d'apport, ou de règlement d'une dette antérieure, est infiniment plus délicat.

Le Code pénal tunisien exige également que le détournement porte préjudice à autrui. Ce préjudice est en général évident, puisqu'il correspond à la valeur non restituée, mais il doit être chiffré avec précision. Une demande approximative, fondée sur une estimation générale, affaiblit l'ensemble du dossier et complique la décision sur les intérêts civils.

Enfin, l'intention compte. L'abus de confiance suppose la volonté de détourner, non un simple retard ou une difficulté financière passagère. C'est pourquoi la mise en demeure occupe une place centrale : elle transforme une situation ambiguë, où le débiteur pouvait invoquer un oubli ou une négociation en cours, en un refus clair et daté de restituer, opposable ensuite.

Quelle différence avec l'escroquerie et avec le vol ?

Dans le vol, la chose est prise sans le consentement du propriétaire. Dans l'escroquerie, la remise est obtenue par une tromperie initiale. Dans l'abus de confiance, la remise est volontaire et sincère, et c'est seulement ensuite que le détenteur détourne la chose.

Le critère décisif est le moment où intervient la mauvaise foi. Si l'auteur a menti dès le départ pour obtenir la remise, en inventant un projet, une qualité ou une garantie, la qualification d'escroquerie s'impose. S'il a reçu la chose de bonne foi et n'a décidé de la conserver que plus tard, l'abus de confiance est la qualification adaptée. La frontière peut sembler mince, elle emporte pourtant des conséquences probatoires considérables.

Cette distinction n'est pas seulement académique. Dans l'escroquerie, il faut prouver la mise en scène initiale : la fausse identité, le faux document, la fausse qualité. Dans l'abus de confiance, il faut prouver la remise à titre précaire et le refus ultérieur de restituer. Les pièces à réunir ne sont donc pas les mêmes, et une plainte mal orientée conduit à produire des documents qui n'établissent pas ce qu'il faudrait établir.

En pratique, le cabinet expose fréquemment les faits en laissant au parquet le soin de retenir la qualification la mieux adaptée, tout en indiquant celle qui paraît la plus fidèle aux éléments réunis. Cette prudence évite qu'une plainte soit écartée au seul motif que la qualification choisie ne correspond pas exactement au récit, alors que les faits eux mêmes sont sanctionnés par une autre disposition.

Repères pour distinguer les qualifications

  • Vol : la chose est prise sans aucun consentement du propriétaire
  • Escroquerie : la remise est obtenue par une tromperie antérieure
  • Abus de confiance : la remise est sincère, le détournement est postérieur
  • Litige civil : la restitution est discutée de bonne foi entre les parties
  • Le moment de la mauvaise foi est le critère de partage

Comment prouver la remise de la chose ou de la somme ?

La preuve idéale est un écrit signé mentionnant la remise et l'obligation de restituer. À défaut, la convergence d'un virement daté, d'échanges écrits et de témoignages de personnes présentes permet le plus souvent de reconstituer la remise.

Le virement bancaire est le point d'appui le plus solide, à condition d'être exploité correctement. Un relevé prouve qu'une somme a quitté un compte pour un autre, mais il ne dit rien de la cause du versement. C'est le libellé de l'opération, lorsqu'il mentionne un prêt ou une avance, ou l'échange écrit qui l'a précédé, qui donne au virement sa portée démonstrative. Cette précision est trop rarement anticipée au moment du versement.

Les messages échangés constituent la deuxième source, et souvent la plus riche. Une conversation où l'on évoque un remboursement prochain, une échéance, une difficulté passagère ou une demande de patience établit à la fois la remise et son caractère temporaire. Ces échanges doivent être conservés dans leur continuité, avec les dates visibles, et non sous forme de captures isolées portant sur une phrase choisie.

Les témoignages viennent en appui, jamais seuls. Une attestation utile est écrite, signée, accompagnée de la pièce d'identité de son auteur, et elle relate précisément ce que la personne a vu ou entendu, avec les circonstances de temps et de lieu. Une attestation générale affirmant que chacun savait que la somme devait être rendue n'apporte rien, car elle ne repose sur aucun fait vérifiable.

Enfin, le comportement postérieur du détenteur constitue une preuve indirecte redoutablement efficace. Un remboursement partiel, une proposition d'échéancier, une demande de délai supplémentaire ou une reconnaissance même informelle valent aveu de l'obligation. C'est pourquoi le cabinet recommande de ne jamais accepter un règlement partiel sans conserver la trace écrite de ce qu'il concerne.

Comment prouver le détournement ou le refus de restituer ?

Le détournement s'établit par le refus opposé à une demande formelle, par la disparition du bien, par sa revente ou par l'affectation des fonds à un autre usage. La mise en demeure restée sans effet en est la démonstration la plus directe.

Le détournement n'est presque jamais avoué, il se déduit de faits objectifs. Le premier de ces faits est le refus opposé à une demande formelle de restitution. Tant que la demande est restée orale, la personne peut soutenir qu'elle n'a jamais été sollicitée, qu'un délai supplémentaire avait été accordé ou que la discussion se poursuivait. Une demande écrite et datée ferme ces échappatoires.

Le second faisceau tient au sort réservé à la chose. Un véhicule revendu, un bien mis en gage, une marchandise écoulée, des fonds virés vers un compte tiers ou retirés en espèces peu après leur réception : autant d'éléments qui démontrent que la chose a quitté sa destination convenue. Ces vérifications relèvent souvent de l'enquête, ce qui rend la constitution de partie civile particulièrement utile pour solliciter les actes nécessaires.

Le troisième élément est le comportement de la personne après la demande. Le changement de numéro, le déménagement sans information, la rupture brutale de tout contact, le refus de recevoir les correspondances officielles composent un ensemble cohérent. Pris isolément, chacun de ces faits s'explique. Réunis et datés dans une chronologie précise, ils dessinent une intention que la juridiction sait lire.

Éléments qui matérialisent le détournement

  • Mise en demeure officielle restée sans réponse
  • Refus écrit de restituer ou contestation tardive de la remise
  • Revente, mise en gage ou disparition du bien confié
  • Virement des fonds vers un autre compte peu après la réception
  • Retraits en espèces immédiats et non justifiés
  • Changement de coordonnées et rupture de tout contact

La mise en demeure est elle indispensable ?

Elle n'est pas une condition légale dans tous les cas, mais elle est en pratique la pièce qui change le dossier. Elle fixe une date certaine, elle rappelle l'obligation et elle transforme un silence ambigu en refus caractérisé.

Beaucoup de plaintes échouent non parce que les faits sont contestables, mais parce que rien n'établit qu'une restitution a été demandée. Le détenteur soutient alors qu'aucune échéance n'était fixée, qu'il attendait des instructions ou qu'un arrangement était en cours de discussion. Cette défense est souvent suffisante pour créer un doute, et le doute conduit au classement du dossier.

La mise en demeure supprime cette zone grise. Adressée par voie officielle, elle identifie les parties, décrit la remise, rappelle l'obligation, fixe un terme et énonce les conséquences du refus. Sa remise fait l'objet d'un acte qui établit la date et le destinataire. À partir de ce moment, le silence ou le refus n'est plus interprétable de façon favorable au détenteur.

Cette démarche a un second effet, moins connu mais très utile. Dans une proportion notable de dossiers, la mise en demeure provoque la restitution ou une proposition de règlement échelonné, ce qui met fin au litige sans procédure. Lorsqu'elle ne provoque rien, elle a néanmoins produit la pièce dont la plainte avait besoin. Dans les deux cas, la démarche est utile.

Nos équipes rédigent la mise en demeure en tenant compte de ce double objectif. Le texte doit rester factuel, précis sur les montants et les dates, et suffisamment clair sur l'obligation de restituer pour être exploitable ultérieurement. Une lettre agressive ou approximative se retourne parfois contre son auteur, notamment lorsqu'elle contient des affirmations que le dossier ne permet pas de soutenir.

Que faire lorsque l'accord était purement verbal ?

Un accord verbal laisse presque toujours des traces indirectes : virements, messages, témoins, remboursements partiels. La démonstration repose alors sur la convergence de ces indices plutôt que sur une pièce unique.

La situation est extrêmement fréquente, en particulier entre membres d'une même famille ou entre associés de longue date, où demander un écrit paraît marquer une défiance. Il faut alors accepter de reconstruire la preuve autrement, en partant de ce qui existe nécessairement : un mouvement de fonds, un déplacement, une remise matérielle, une date, des personnes présentes. Aucun de ces éléments n'est décisif seul, leur réunion l'est souvent.

Le travail consiste à établir une chronologie détaillée puis à rattacher chaque étape à un élément vérifiable. Le retrait en espèces effectué le matin, le déplacement du même jour, le message envoyé le soir, la promesse de remboursement formulée le mois suivant : cet enchaînement, documenté pièce par pièce, produit une conviction que le seul récit de la personne lésée ne produirait jamais.

Il faut aussi exploiter les déclarations de la partie adverse. Les personnes mises en cause reconnaissent fréquemment la remise tout en contestant sa qualification, en affirmant par exemple qu'il s'agissait d'un don, d'un règlement de dette ou d'une participation à une affaire commune. Cette reconnaissance partielle est précieuse, car elle règle définitivement la question du premier temps de la démonstration.

Peut on obtenir la restitution en plus de la condamnation ?

Oui, à condition de se constituer partie civile et de chiffrer la demande. La condamnation pénale ne produit par elle même aucun versement au profit de la personne lésée si aucune demande n'a été formulée et justifiée.

C'est l'un des malentendus les plus coûteux que nous rencontrons. Une personne dépose plainte, suit la procédure pendant des mois, obtient une décision favorable et découvre ensuite qu'elle n'a droit à aucun versement, faute d'avoir formulé une demande chiffrée en temps utile. La voie pénale sanctionne l'auteur, elle n'indemnise la victime que si celle ci le demande dans les formes.

La demande doit être justifiée pièce par pièce. Le montant remis, les frais engagés, le préjudice résultant de la privation du bien, les conséquences professionnelles éventuelles doivent être détaillés et appuyés sur des documents. Une demande globale, présentée en un chiffre rond sans décomposition, est fréquemment réduite parce que la juridiction ne dispose pas des éléments permettant de l'apprécier.

Il faut également anticiper l'exécution. Une décision favorable ne vaut que si la personne condamnée dispose de biens saisissables. Cette question doit être examinée avant même d'engager la procédure, en identifiant les comptes, les véhicules, les biens immobiliers et les créances existantes. Les mesures conservatoires prises en temps utile évitent de découvrir, une fois la décision obtenue, qu'il ne reste plus rien à saisir.

La voie civile reste ouverte en parallèle ou en alternative. Elle obéit à des règles de preuve différentes et elle vise directement la restitution et la réparation. Le cabinet apprécie au cas par cas l'articulation entre les deux voies, en fonction de la solidité des preuves disponibles et de la solvabilité de la partie adverse.

Que faire quand l'auteur est un proche ou un associé ?

La proximité complique la démarche mais ne change pas la règle de droit. Elle impose seulement de documenter davantage, car les remises entre proches se font rarement par écrit et la partie adverse invoquera souvent un don ou une participation commune.

Ces dossiers sont les plus délicats sur le plan humain et souvent les plus solides sur le plan probatoire, à condition de s'y prendre méthodiquement. La proximité laisse en effet des traces abondantes : conversations quotidiennes, virements réguliers, témoins nombreux, présence dans un cercle familial ou professionnel où chacun connaît la situation. Ce matériau existe, il faut simplement le rassembler avant qu'il ne se disperse.

L'argument le plus fréquemment opposé est celui du don ou de l'aide familiale. Il est efficace lorsqu'aucun élément n'établit l'attente d'une restitution, et il s'effondre lorsqu'un seul message évoque un remboursement, une échéance ou un remerciement pour la patience accordée. C'est pourquoi la relecture attentive des échanges anciens produit souvent la pièce décisive du dossier.

Entre associés, la difficulté tient à la confusion entre les flux de la société et ceux des personnes. Les statuts, les décisions collectives, les mouvements du compte social et les écritures comptables permettent de rétablir la distinction. Lorsque cette confusion est entretenue volontairement, elle devient elle même un élément de démonstration du détournement.

Combien de temps a t on pour agir ?

Chaque infraction obéit à un délai de prescription propre, dont le point de départ dépend des circonstances. En pratique, la contrainte la plus forte est probatoire : les échanges disparaissent, les témoins s'éloignent et les documents deviennent introuvables.

La question du point de départ est plus subtile qu'il n'y paraît dans ce type de dossier. Tant que la restitution n'a pas été demandée et refusée, la situation reste ambiguë, ce qui rend la datation du détournement incertaine. C'est une raison supplémentaire d'adresser une mise en demeure sans attendre : elle fixe un moment identifiable à partir duquel le refus est établi.

L'écoulement du temps produit surtout des effets pratiques. Les conversations sont effacées lors d'un changement d'appareil, les relevés anciens deviennent difficiles à obtenir, les personnes présentes lors de la remise ne se souviennent plus des dates avec assez de précision pour attester utilement. Un dossier construit deux ans après les faits repose sur beaucoup moins d'éléments que le même dossier construit dans les semaines qui suivent.

Il ne faut pas pour autant renoncer lorsque les faits sont anciens. Le cabinet examine d'abord ce qui subsiste, notamment les traces bancaires, souvent conservées plus longtemps que les échanges personnels. Une consultation permet de savoir rapidement si le dossier est encore défendable et par quelle voie, plutôt que d'engager une procédure dont l'issue est compromise dès le départ.

Constituer un dossier d'abus de confiance

  1. Identifier la nature exacte de la remise

    Prêt, dépôt, mandat, mise à disposition professionnelle : chaque figure suppose une obligation de restitution ou un usage déterminé. Cette qualification commande toute la démonstration, car c'est le caractère précaire de la remise qui distingue l'abus de confiance d'un simple transfert de propriété.

    Avant toute démarche

  2. Réunir la preuve de la remise

    Reconnaissance de dette, contrat, reçu, bon de dépôt, ordre de virement, échange écrit mentionnant la somme ou le bien. À défaut d'écrit formel, les messages, les relevés bancaires et les témoignages de personnes présentes reconstituent souvent la remise avec précision.

    Écrit, virement daté ou reçu signé

  3. Établir l'obligation de restituer

    Il faut démontrer que le bien ou la somme devait revenir, à une date convenue ou sur demande. Un message évoquant un remboursement, une échéance ou un retour du véhicule vaut souvent mieux qu'un long récit, car il établit l'accord des deux parties sur le caractère temporaire de la remise.

    Échanges écrits mentionnant l'échéance ou la restitution

  4. Adresser une mise en demeure

    La mise en demeure, adressée par voie officielle, fixe une date certaine, rappelle l'obligation et met la personne en demeure de restituer. Son absence de réponse ou son refus explicite constitue la pièce qui matérialise le détournement, élément que les enquêteurs recherchent en premier.

    Dès le premier refus ou le premier silence prolongé Copie de la mise en demeure et preuve de sa remise

  5. Documenter le détournement lui même

    Revente du bien, virement des fonds vers un autre compte, disparition du matériel, usage contraire à celui convenu. Chaque élément établissant que la chose a quitté sa destination initiale renforce la démonstration bien davantage qu'un simple constat de non restitution.

    Justificatifs de revente, relevés ou constats

  6. Déposer une plainte documentée

    La plainte se dépose auprès des services compétents ou par écrit auprès du procureur de la République. Elle expose la remise, l'obligation de restituer, la mise en demeure et le refus, dans cet ordre, avec un bordereau de pièces numérotées correspondant à chaque affirmation.

    Exposé chronologique et bordereau de pièces

  7. Chiffrer et demander la restitution

    La constitution de partie civile permet de demander la restitution du bien ou de la somme et la réparation du préjudice subi. Sans demande chiffrée et justifiée, une décision favorable sur le plan pénal ne procure aucun versement effectif à la personne lésée.

    Décompte détaillé du préjudice

Ce qu'il faut prouver selon la situation

SituationÉlément à établir en prioritéPièce la plus utile
Somme prêtée à un procheLe caractère de prêt et non de donReconnaissance de dette ou message évoquant le remboursement
Véhicule confié pour un usage précisL'usage convenu et la date de restitutionÉcrit de mise à disposition, échanges sur la restitution
Marchandise laissée en dépôtLa remise et l'absence de transfert de propriétéBon de dépôt, bon de livraison, inventaire signé
Fonds remis à un mandataireL'étendue du mandat et la destination des fondsMandat écrit, ordre de virement, relevés du compte
Matériel remis à un salariéL'attribution nominative et l'obligation de restitutionFiche de remise signée, inventaire de sortie
Avance versée à un artisan ou à un prestataireL'affectation convenue de l'avanceDevis accepté, preuve du versement, absence de travaux
Fonds confiés à un associéLe caractère précaire de la détentionStatuts, procès verbaux, mouvements de compte
Bijoux ou objets confiés pour réparation ou venteLa description du bien et sa remise effectiveReçu détaillé, photographies datées, expertise

Cas particuliers

Personne mineure concernée

Lorsqu'un mineur détient un bien confié ou reçoit des fonds, la responsabilité de ses représentants légaux est en cause sur le plan civil et le juge des enfants intervient sur le plan pénal. Lorsqu'un mineur est la personne lésée, ses représentants légaux agissent en son nom pour déposer plainte et demander la restitution.

Personne lésée résidant à l'étranger

Les sommes confiées depuis l'étranger à un proche resté en Tunisie, pour une construction, un achat ou la gestion d'un bien, constituent une part importante de ces dossiers. La procédure se mène par avocat sur procuration, les preuves de virement international étant souvent le socle le plus solide de la démonstration.

Fonds confiés dans le cadre d'une société

Lorsque la remise s'inscrit dans la vie d'une société, il faut distinguer le patrimoine social du patrimoine personnel. Les statuts, les procès verbaux, les écritures comptables et les mouvements du compte social permettent d'établir la nature exacte de la détention et l'étendue des pouvoirs consentis.

Bien confié à un professionnel

Véhicule laissé en réparation, bijou confié pour expertise, marchandise placée en dépôt : le professionnel détient à titre précaire et doit restituer. Le reçu détaillé, la description du bien et les photographies prises lors de la remise sont ici les pièces déterminantes.

Dans un abus de confiance, la question n'est jamais de savoir si l'argent est parti, mais de prouver à quel titre il a été remis. Un message évoquant un remboursement vaut plus que dix témoins de bonne volonté.
Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis

Les erreurs qui coûtent cher

Remettre une somme importante sans aucun écrit

La partie adverse soutient qu'il s'agissait d'un don ou d'une participation, et le dossier repose sur des indices fragiles.

Se contenter de demandes orales de restitution

Rien n'établit que la restitution a été réclamée et le refus reste impossible à dater, ce qui affaiblit la plainte.

Accepter un remboursement partiel sans trace écrite

L'aveu implicite de la dette est perdu et le montant restant dû devient discutable devant la juridiction.

Attendre plusieurs années avant d'engager la moindre démarche

Les échanges sont effacés, les témoins imprécis et les relevés difficiles à obtenir, la démonstration devient très incertaine.

Déposer plainte sans formuler de demande chiffrée

Une décision favorable sur le plan pénal ne procure aucune restitution effective à la personne lésée.

Questions fréquentes

Un simple message suffit il à prouver un prêt ?

Un message évoquant explicitement un remboursement ou une échéance a une valeur réelle, surtout associé à un virement daté. Il est rarement suffisant seul, mais il devient déterminant lorsqu'il s'inscrit dans une chronologie cohérente appuyée par d'autres pièces.

Puis je agir si le bien confié a déjà été revendu ?

Oui, et la revente constitue même une démonstration directe du détournement. La demande porte alors sur la valeur du bien et sur le préjudice subi, appuyée sur les justificatifs d'acquisition, les photographies et, le cas échéant, une évaluation.

La personne invoque des difficultés financières, cela change t il quelque chose ?

Une difficulté passagère, accompagnée de propositions concrètes de règlement, oriente plutôt vers le litige civil. Le refus persistant, la disparition ou le mensonge sur le sort de la chose caractérisent en revanche une intention de détourner.

Faut il choisir entre la voie pénale et la voie civile ?

Les deux voies peuvent se combiner. La voie pénale sanctionne le détournement, la voie civile vise directement la restitution et la réparation. Le choix dépend de la solidité des preuves et de la solvabilité de la partie adverse, il s'apprécie dossier par dossier.

Une reconnaissance de dette non enregistrée a t elle une valeur ?

Elle constitue un élément de preuve important, même sans formalité particulière. Sa force dépend de sa précision : identité complète des parties, montant en chiffres et en lettres, date, objet de la remise, conditions de restitution et signature.

Que faire si la personne conteste avoir reçu quoi que ce soit ?

La contestation totale se combat par la trace matérielle, notamment bancaire, qui ne dépend pas de la parole des parties. Les vérifications sollicitées dans le cadre de la procédure permettent d'établir le mouvement des fonds et leur destination réelle.

Le retrait de la plainte met il fin à la procédure ?

Le retrait est possible mais il n'éteint pas nécessairement l'action publique. Le procureur de la République apprécie la suite à donner. Une transaction doit donc être formalisée par écrit, avec le calendrier de règlement et les garanties correspondantes.

Le cabinet peut il intervenir avant le dépôt de plainte ?

Oui, et c'est souvent le moment le plus utile. Nos équipes évaluent les preuves disponibles, rédigent la mise en demeure et construisent le dossier avant toute démarche pénale. Une plainte préparée en amont a un tout autre parcours qu'une plainte improvisée.

Sources et vérification

  • Code pénal tunisien, abus de confiance et détournement
  • Code des obligations et des contrats, prêt, dépôt et mandat
  • Code de procédure pénale tunisien, plainte et constitution de partie civile
  • Pratique du cabinet en contentieux du recouvrement et des remises de fonds

Cette page donne une information générale sur le droit tunisien. Elle ne remplace pas l'examen de vos pièces par un avocat. Dernière vérification le 18 août 2026 par Maître Amine Messaadi.

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