Hypothèque en Tunisie : constitution, effets et mainlevée
L'hypothèque est une garantie qui porte sur un immeuble sans en priver le propriétaire. Elle ne produit ses effets envers les tiers qu'une fois inscrite à la Conservation de la propriété foncière, et c'est cette inscription qui détermine le rang du créancier. Après remboursement, la radiation suppose une mainlevée puis une formalité sur le titre.
Par Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis. Publié le 19 août 2026, vérifié le 19 août 2026. 15 min de lecture
À retenir
- Sans inscription à la Conservation de la propriété foncière, l'hypothèque reste inopposable aux tiers.
- Le rang se lit sur le titre : il décide qui sera payé le premier sur le prix du bien.
- Le propriétaire conserve la jouissance du bien et peut le vendre, mais l'hypothèque suit l'immeuble.
- Le remboursement du crédit ne fait pas disparaître l'inscription : il faut la faire radier.
- Une hypothèque oubliée sur un titre bloque une vente ou un nouveau crédit des années plus tard.
Sur quels textes cela repose
- Code des droits réels
- Il régit l'hypothèque, les conditions de sa constitution, son inscription sur le titre foncier, le rang qui en découle, ses effets envers les tiers et les conditions de sa radiation.
- Code des obligations et des contrats
- Il gouverne la créance garantie, sa validité, son extinction par paiement ou par remise, ainsi que le sort de la garantie lorsque l'obligation principale disparaît.
- Réglementation bancaire et circulaires de la Banque centrale de Tunisie
- Elles encadrent la constitution des dossiers de crédit et les diligences attendues des établissements, notamment la prise et le suivi des garanties réelles adossées aux financements.
Qu'est ce qu'une hypothèque en droit tunisien ?
C'est un droit réel accordé à un créancier sur un immeuble déterminé, en garantie du paiement d'une dette, sans que le propriétaire soit dépossédé. Si la dette n'est pas payée, le créancier peut faire vendre le bien et se faire payer sur le prix selon son rang.
Trois traits caractérisent cette garantie. Elle est réelle, ce qui signifie qu'elle porte sur le bien lui même et non sur la personne du débiteur. Elle est accessoire, car elle n'existe que par la créance qu'elle garantit et disparaît avec elle. Elle laisse enfin au propriétaire l'usage et les revenus du bien, qui continue de l'habiter, de le louer et de l'entretenir tout au long du crédit.
C'est cette dernière caractéristique qui explique la place de l'hypothèque dans le financement immobilier. La banque obtient une garantie solide sans immobiliser le bien, et l'emprunteur conserve son logement ou son local professionnel. La contrepartie est que le bien reste grevé jusqu'à l'extinction de la dette, ce qui pèse sur toute opération ultérieure de vente ou de financement.
Le Code des droits réels encadre strictement cette garantie. Elle doit porter sur un immeuble déterminé, être consentie par celui qui a le pouvoir d'en disposer, respecter des conditions de forme, et surtout faire l'objet d'une inscription. Cette rigueur n'est pas un formalisme gratuit : elle organise la publicité des droits sur les immeubles, sans laquelle aucun crédit immobilier ne serait possible.
Il faut distinguer l'hypothèque des garanties voisines. Le nantissement porte sur des biens mobiliers ou sur des droits, non sur un immeuble. Le cautionnement engage une personne, non un bien. Une promesse d'hypothéquer, fréquente dans les avant contrats, n'est pas une hypothèque : elle oblige à en constituer une, ce qui suppose encore l'acte et la formalité.
Quels immeubles peuvent utilement être hypothéqués ?
Un immeuble immatriculé, doté d'un titre foncier clair, appartenant au constituant et libre de charges qui absorberaient sa valeur. Un bien non immatriculé ou dont la situation juridique est incertaine ne permet pas de constituer une garantie réellement efficace.
Le point de départ est le titre foncier. Il identifie l'immeuble, désigne le propriétaire inscrit et porte les droits et charges qui l'affectent. Nos équipes commencent tout dossier par la lecture d'un état récent du titre, car c'est le seul document qui dise la vérité sur le bien. Les récits des parties, les anciens actes et les certificats périmés conduisent régulièrement à des surprises désagréables.
Vient ensuite la question du droit du constituant. Une hypothèque consentie par une personne qui n'est pas le propriétaire inscrit, ou qui ne peut pas disposer du bien, ne procure aucune sécurité au créancier. Les situations délicates sont fréquentes : succession non liquidée, indivision entre héritiers, bien acquis par un acte non encore inscrit, immeuble figurant au nom d'un défunt.
La valeur disponible du bien est le troisième paramètre. Un immeuble déjà grevé de plusieurs inscriptions n'offre plus qu'une valeur résiduelle, et le créancier qui vient après les autres risque de n'être jamais payé. Une garantie n'a de sens que si la valeur de réalisation du bien excède le total des créances mieux placées, ce qui suppose une estimation honnête.
Reste la question, souvent négligée, de la réalité matérielle du bien. Une construction édifiée sans autorisation, une surface qui ne correspond pas à la désignation du titre, une occupation par un tiers qui invoque un droit, un local intégré dans un immeuble collectif mal réparti : chacune de ces situations complique la vente forcée et diminue la valeur que le créancier pourra réellement retirer du bien. Nos équipes recommandent donc une visite et un contrôle des autorisations, en plus de l'examen du titre.
Ce qui doit être vérifié sur le bien avant toute signature
- Existence d'un titre foncier et concordance de sa désignation avec le bien réel
- Identité du propriétaire inscrit et pouvoir du constituant de disposer
- Situation d'indivision éventuelle et position des autres indivisaires
- Inscriptions et charges déjà portées sur le titre
- Mentions relatives à des actions en cours touchant le bien
- Situation locative et occupation effective de l'immeuble
- Régularité de la construction au regard des autorisations obtenues
Comment l'hypothèque s'inscrit elle à la Conservation de la propriété foncière ?
Par le dépôt d'une réquisition accompagnée de l'acte constitutif et des pièces exigées. L'inscription est portée sur le titre foncier et c'est elle qui rend la garantie opposable aux tiers et fixe le rang du créancier.
La distinction entre l'acte et la formalité est le point que les clients comprennent le moins spontanément. Signer un acte d'hypothèque crée une obligation entre les parties. Cela ne crée pas encore un droit que le créancier pourra opposer à un acquéreur du bien ou à un autre créancier. Ce basculement s'opère au jour de l'inscription, et non au jour de la signature.
En pratique, le dossier de réquisition est examiné par la Conservation de la propriété foncière, qui vérifie la régularité de l'acte, la concordance des désignations et la présence des pièces. Une erreur sur les références du titre, une divergence dans l'orthographe d'un nom, une pièce manquante suffisent à provoquer un rejet. Le temps perdu peut se révéler coûteux si un autre créancier dépose entre temps.
L'inscription est publique et elle se lit. Toute personne intéressée peut se faire délivrer un état du titre et constater l'existence de la garantie, son montant et sa date. C'est ce qui rend l'hypothèque efficace face à un acquéreur : celui qui achète un bien grevé ne peut pas prétendre l'ignorer, puisque l'information figurait sur le document qu'il devait consulter.
Le suivi de la formalité fait partie du travail. Nos équipes ne considèrent pas un dossier terminé à la signature de l'acte : il l'est lorsque l'état du titre postérieur à la formalité confirme que l'inscription a été prise, au bon nom, pour le bon montant et à la date attendue. Cette pièce est conservée, car elle sera demandée à chaque opération ultérieure.
À quoi sert le rang de l'hypothèque en cas de concours de créanciers ?
Le rang détermine l'ordre dans lequel les créanciers seront payés sur le prix de vente du bien. Il résulte de la date de l'inscription : le créancier inscrit le premier est servi avant les suivants, jusqu'à épuisement du prix disponible.
L'idée est simple et ses effets sont brutaux. Lorsqu'un immeuble est vendu dans le cadre d'une exécution, le prix est réparti entre les créanciers dans l'ordre de leurs droits. Celui qui vient en premier est payé intégralement si le prix le permet. Celui qui vient ensuite reçoit ce qui reste. Le dernier peut ne rien percevoir du tout, alors même que sa créance est parfaitement fondée.
Cette mécanique explique la vigilance des banques sur le rang. Un établissement accepte volontiers de financer un achat en prenant une garantie de premier rang, et se montre beaucoup plus réservé lorsqu'il doit se placer derrière des inscriptions existantes. Elle explique aussi pourquoi la date de dépôt de la réquisition compte autant, et pourquoi un rejet de formalité peut coûter le bénéfice d'une place utile.
À côté des créanciers inscrits, d'autres créances peuvent bénéficier d'un traitement particulier selon les textes applicables, notamment certaines créances publiques et certains privilèges. Le rang réel d'un créancier hypothécaire ne se déduit donc pas seulement de la lecture du titre : il s'apprécie au regard de l'ensemble de la situation du débiteur, ce qui suppose un examen complet du dossier.
Le rang peut également faire l'objet d'un aménagement conventionnel. Un créancier déjà inscrit accepte parfois de céder sa place ou de laisser un nouveau prêteur se placer avant lui, généralement en contrepartie d'un remboursement partiel ou d'une autre garantie. Ces accords se rédigent avec soin et supposent une formalité, car un arrangement resté au stade du courrier ne modifie pas ce que le titre indique aux tiers.
Pour un propriétaire, la lecture est inverse mais tout aussi utile. Savoir quelles inscriptions grèvent son bien, dans quel ordre et pour quels montants, permet de mesurer sa marge de manoeuvre avant de solliciter un nouveau financement, de négocier avec un créancier ou d'envisager une vente destinée à désintéresser tout le monde.
Que peut faire le créancier hypothécaire lorsque la dette n'est pas payée ?
Il ne peut pas s'approprier le bien de sa propre autorité. Il doit obtenir un titre, mettre le débiteur en demeure, puis faire procéder à la saisie et à la vente de l'immeuble selon les voies d'exécution, et se faire payer sur le prix selon son rang.
La première chose à comprendre est qu'une hypothèque n'est pas un droit de reprise. Le créancier ne récupère pas les clés parce que le débiteur a cessé de payer. Il doit emprunter le chemin de l'exécution forcée, avec ses étapes et ses contrôles, ce qui laisse au débiteur des occasions réelles de régulariser sa situation ou de négocier un réaménagement.
La séquence commence par la constatation de l'exigibilité, souvent par déchéance du terme, puis par une mise en demeure. Elle se poursuit par l'obtention d'un titre permettant l'exécution, puis par les opérations conduites avec le concours de l'huissier notaire et sous le contrôle du juge. La vente de l'immeuble intervient au terme de ce processus, avec les publicités et formalités qu'il comporte.
Ce parcours est long, et cette durée est un élément stratégique pour les deux parties. Le créancier sait que le temps augmente ses frais et son risque, ce qui l'incite souvent à accepter une solution négociée. Le débiteur dispose d'un délai pour vendre lui même son bien dans de meilleures conditions que celles d'une vente forcée, ce qui préserve une partie de sa valeur.
Le cabinet insiste sur ce point auprès des propriétaires menacés. Une vente organisée, même sous la contrainte de la dette, produit presque toujours un meilleur résultat qu'une vente subie au terme d'une procédure d'exécution. Encore faut il réagir tôt, avant que les frais et les intérêts de retard n'aient absorbé la valeur disponible du bien.
Les options du propriétaire menacé d'une exécution
- Négocier un réaménagement du crédit avec un échéancier soutenable
- Vendre le bien à l'amiable et désintéresser le créancier sur le prix
- Proposer une garantie de substitution acceptable pour le créancier
- Contester le décompte réclamé lorsqu'il intègre des sommes injustifiées
- Vérifier la régularité des actes de procédure et des formalités accomplies
- Faire examiner la validité même de l'inscription et de l'acte constitutif
Le propriétaire peut il vendre ou louer un immeuble hypothéqué ?
Oui, l'hypothèque ne le prive pas de ses droits. Mais la garantie suit l'immeuble entre les mains de l'acquéreur, et aucune vente sérieuse n'aboutit sans que la question du sort de l'inscription soit réglée dans l'acte.
La location ne pose pas de difficulté de principe : le propriétaire continue de percevoir les loyers et d'administrer son bien. La prudence porte plutôt sur la durée des baux consentis et sur les avances de loyers, car un bail de longue durée conclu à des conditions inhabituelles peut être discuté s'il apparaît destiné à faire échec aux droits du créancier.
La vente est une autre affaire. Un acquéreur informé refusera d'acheter un bien grevé sans garantie que l'inscription sera levée, car il achèterait un immeuble susceptible d'être saisi pour la dette d'un autre. Le montage habituel consiste donc à affecter une partie du prix au remboursement du créancier, contre remise simultanée de la mainlevée. Le notaire et les conseils organisent cette simultanéité.
Il arrive que le prix ne suffise pas à désintéresser tous les créanciers inscrits. La vente devient alors une négociation à plusieurs, dans laquelle chacun accepte ou refuse de lever son inscription contre une somme inférieure à sa créance. Ces discussions se conduisent avec méthode et il est rare qu'elles aboutissent sans un chiffrage précis, accepté par écrit avant la signature.
Nos équipes rencontrent régulièrement une variante plus délicate : le bien a été vendu il y a longtemps, l'acquéreur s'est installé, et l'inscription figure toujours sur le titre parce que personne n'a accompli la radiation. Le problème surgit à l'occasion d'une revente ou d'une demande de crédit, parfois de nombreuses années après le remboursement effectif du prêt.
La règle pratique tient en une phrase : dans une vente immobilière, l'état du titre se demande deux fois. Une première fois au moment de la promesse, pour connaître les charges et bâtir le montage du prix. Une seconde fois juste avant la signature définitive, car une inscription nouvelle peut avoir été prise entre les deux, notamment par un créancier qui a appris que le vendeur allait recevoir des fonds.
Comment obtenir la mainlevée et la radiation après remboursement ?
Le remboursement éteint la créance mais ne fait pas disparaître l'inscription. Il faut obtenir du créancier une attestation de solde nul et un acte de mainlevée, puis présenter ce document à la Conservation de la propriété foncière pour que la radiation soit portée sur le titre.
La démarche commence par la constatation du solde. Le débiteur demande à son établissement un décompte définitif et une attestation établissant que la créance garantie est intégralement réglée. Ce document doit désigner le crédit concerné et le bien, faute de quoi la Conservation ne pourra pas rattacher la demande à l'inscription qui figure sur le titre.
L'acte de mainlevée est ensuite délivré par le créancier. Il exprime son consentement à la radiation et doit respecter les exigences de forme applicables. Un courrier de complaisance indiquant que le prêt est soldé ne suffit pas : la radiation est une formalité qui touche à la publicité foncière et elle exige une pièce adaptée, établie par la personne au nom de laquelle l'inscription a été prise.
La radiation elle même est accomplie à la Conservation de la propriété foncière, sur présentation de la mainlevée et des pièces requises. Le dossier n'est réellement clos qu'une fois délivré un nouvel état du titre montrant que l'inscription a disparu. Le cabinet conserve systématiquement cette pièce, car c'est elle qui sera exigée lors d'une revente ou d'une nouvelle demande de crédit.
Il faut traiter cette formalité comme une étape du remboursement et non comme une démarche facultative. Une inscription laissée en place vieillit mal : l'agence bancaire change d'interlocuteur, les archives se dispersent, la société créancière fusionne ou disparaît, et retrouver la personne habilitée à donner mainlevée devient un travail en soi.
Les pièces du dossier de radiation
- Décompte définitif et attestation de solde nul délivrée par le créancier
- Acte de mainlevée établi dans la forme requise
- Références exactes du titre foncier et de l'inscription à radier
- Copie de l'acte constitutif d'hypothèque
- Pièces d'identité et, le cas échéant, procuration au conseil
- État du titre délivré après la radiation, à conserver définitivement
Que faire lorsque le créancier tarde à donner mainlevée ?
La démarche se formalise : demande écrite, puis mise en demeure signifiée par huissier notaire, puis saisine du juge pour faire constater l'extinction de la créance et ordonner la radiation. Le retard n'est pas une fatalité, il se traite avec des actes.
Les situations les plus courantes ne relèvent pas de la mauvaise foi mais de l'inertie. Le crédit a été soldé, le dossier a été archivé, l'agence a changé de responsable et personne ne prend l'initiative de la formalité. Une demande écrite précise, indiquant les références du crédit, du bien et de l'inscription, débloque une partie de ces dossiers sans autre difficulté.
Lorsque la demande reste sans effet, la mise en demeure signifiée par huissier notaire change la nature de la discussion. Elle donne date certaine à la réclamation, elle établit l'inertie du créancier et elle prépare l'action judiciaire. Elle a également un effet pratique appréciable : elle remonte dans les services de l'établissement jusqu'à un interlocuteur habilité à agir.
En cas de blocage persistant, le juge peut être saisi pour constater que la créance garantie est éteinte et ordonner la radiation de l'inscription. Le dossier repose alors sur les preuves du remboursement intégral, ce qui rappelle l'importance de conserver les décomptes, les avis de prélèvement et les justificatifs de chaque versement pendant toute la vie du crédit.
Il existe enfin les cas où le créancier n'existe plus sous la forme sous laquelle il était inscrit, après fusion, cession de portefeuille ou liquidation. Il faut alors identifier qui a repris les droits, ce qui suppose des recherches et parfois une action dirigée contre le successeur. Ces dossiers prennent du temps, et c'est la meilleure raison de ne jamais différer une radiation.
De la constitution de l'hypothèque jusqu'à la radiation
- Vérifier la situation juridique de l'immeuble
Tout commence par le titre. Il faut obtenir un état récent auprès de la Conservation de la propriété foncière, identifier le propriétaire inscrit, la contenance, les servitudes, les inscriptions déjà prises et les mentions litigieuses. Un bien mal identifié ou dont le titre n'est pas apuré ne peut pas supporter une hypothèque utile.
- Vérifier la capacité et les pouvoirs du constituant
Seul celui qui a la propriété du bien et la capacité d'en disposer peut l'hypothéquer. En indivision, la situation des autres indivisaires doit être examinée. Pour une société, il faut la qualité du signataire et, selon les statuts, l'autorisation de l'organe compétent. Une hypothèque consentie sans pouvoir est une garantie illusoire.
- Rédiger l'acte constitutif dans la forme requise
L'acte doit désigner l'immeuble par ses références au titre, identifier les parties, énoncer la créance garantie et le montant pour lequel l'hypothèque est prise. Le Code des droits réels soumet la constitution à des exigences de forme, et une rédaction approximative se paie au moment où la garantie devrait servir.
- Déposer la réquisition d'inscription à la Conservation
L'acte est présenté à la Conservation de la propriété foncière accompagné des pièces exigées. C'est cette formalité, et non la signature, qui rend l'hypothèque opposable aux tiers. Toute erreur sur les références du titre ou sur l'identité des parties entraîne un rejet et fait perdre le bénéfice de la date de dépôt.
- Contrôler l'inscription effectuée et son rang
Une fois la formalité accomplie, il faut se faire délivrer un nouvel état du titre et lire ce qui y figure : identité du créancier, montant inscrit, date de l'inscription et place occupée par rapport aux inscriptions antérieures. Cette vérification est celle que l'on regrette de ne pas avoir faite le jour du contentieux.
- Suivre le crédit garanti pendant toute sa durée
Le débiteur conserve les décomptes, les échéanciers et les preuves de paiement. Le créancier suit les incidents. Les deux ont intérêt à ce que la situation soit claire, car c'est le solde de la créance garantie qui commandera plus tard la mainlevée comme, éventuellement, la mise en oeuvre de la garantie.
- Obtenir la mainlevée puis faire radier l'inscription
Après remboursement intégral, le créancier délivre une attestation de solde nul et un acte de mainlevée. Ce document est ensuite présenté à la Conservation de la propriété foncière pour que la radiation soit portée sur le titre. Le dossier ne se clôt qu'après vérification d'un état du titre montrant que l'inscription a disparu.
Les contrôles décisifs et ce que coûte leur omission
| Contrôle | Ce que l'on vérifie | Conséquence si on le néglige |
|---|---|---|
| Titre foncier | Existence et identité exacte du bien inscrit | Garantie prise sur un bien mal identifié |
| Propriétaire inscrit | Concordance avec le constituant | Hypothèque consentie par une personne sans droit |
| Indivision | Situation et accord des indivisaires | Garantie limitée à une quote part difficile à réaliser |
| Inscriptions antérieures | Hypothèques et charges déjà portées | Rang utile inexistant sur la valeur du bien |
| Mentions litigieuses | Actions en cours touchant le bien | Réalisation de la garantie bloquée par un procès |
| Forme de l'acte | Respect des exigences du Code des droits réels | Rejet de la formalité ou nullité opposée |
| Inscription effective | Formalité accomplie et rang confirmé | Garantie inopposable aux autres créanciers |
| Radiation après paiement | Mainlevée obtenue et portée au titre | Vente ou nouveau crédit bloqués des années plus tard |
Cas particuliers
Le propriétaire réside à l'étranger
Un Tunisien établi hors du pays peut constituer une hypothèque ou faire radier une inscription sans se déplacer, en donnant une procuration établie dans les formes admises et permettant expressément ces opérations. Le cabinet obtient l'état du titre, prépare le dossier, conduit la formalité à la Conservation de la propriété foncière et transmet l'état du titre postérieur. Le point sensible est la rédaction de la procuration : trop étroite, elle oblige à tout reprendre.
Le bien est en indivision ou provient d'une succession non liquidée
L'hypothèque consentie par un seul indivisaire ne porte, au mieux, que sur sa quote part, ce qui en réduit fortement l'intérêt pour un créancier. Lorsque le titre est encore au nom d'un défunt, il faut d'abord régulariser la situation successorale et faire porter les droits des héritiers sur le titre. Toute garantie prise avant cette régularisation expose à une contestation ultérieure.
L'immeuble n'est pas immatriculé
En l'absence de titre foncier, la publicité foncière ne peut pas jouer son rôle et l'hypothèque ne peut pas être inscrite comme elle le serait sur un immeuble immatriculé. La situation se traite en amont, en examinant l'état du bien et les démarches d'immatriculation possibles. Un créancier prudent refuse cette configuration, et un emprunteur averti anticipe la question avant de solliciter un financement.
Le bien hypothéqué est vendu avant le remboursement
L'hypothèque suit l'immeuble, si bien que l'acquéreur achète un bien susceptible d'être saisi pour la dette du vendeur. L'opération se sécurise en affectant une partie du prix au remboursement du créancier contre remise simultanée de la mainlevée. Une vente conclue sans régler cette question laisse à l'acquéreur un contentieux dont il n'est pas à l'origine.
Une hypothèque vaut ce que vaut sa formalité : tant que l'inscription n'est pas prise, la garantie n'existe pas pour les tiers. Le même raisonnement s'applique à la sortie, car un crédit remboursé sans radiation laisse un obstacle sur le titre pour des années.
Les erreurs qui coûtent cher
Constituer une garantie sans avoir lu un état récent du titre foncier
Le créancier découvre des inscriptions antérieures qui absorbent toute la valeur du bien.
Signer l'acte et différer la réquisition d'inscription
La garantie reste inopposable aux tiers et un autre créancier peut prendre le rang utile.
Accepter une hypothèque consentie par une personne qui n'est pas le propriétaire inscrit
La garantie est fragilisée et sa réalisation se heurte à une contestation de fond.
Considérer le dossier terminé au remboursement du crédit
L'inscription demeure sur le titre et bloque une revente ou un nouveau financement bien plus tard.
Se contenter d'un courrier bancaire indiquant que le prêt est soldé
La Conservation de la propriété foncière ne peut pas radier sans un acte de mainlevée en la forme requise.
Questions fréquentes
Une hypothèque non inscrite a t elle une valeur ?
Elle peut engager les parties entre elles, mais elle ne procure pas au créancier le droit qu'il recherche : celui d'être opposable aux tiers et d'occuper un rang. Seule l'inscription à la Conservation de la propriété foncière produit cet effet, et c'est sa date qui détermine la place du créancier.
Puis je habiter ou louer un bien hypothéqué ?
Oui. L'hypothèque ne dépossède pas le propriétaire, qui conserve l'usage du bien et les loyers. La prudence porte sur les baux de longue durée et les avances de loyers consenties à des conditions inhabituelles, susceptibles d'être discutées si elles paraissent destinées à faire échec aux droits du créancier.
Comment savoir si mon bien est grevé d'une hypothèque ?
En vous faisant délivrer un état récent du titre par la Conservation de la propriété foncière. Ce document indique les inscriptions existantes, leur montant, leur date et le nom du créancier. C'est la seule source fiable, bien plus que les souvenirs ou les anciens actes conservés à la maison.
Le créancier peut il prendre le bien sans passer par un juge ?
Non. L'hypothèque ne confère pas un droit d'appropriation. Le créancier doit obtenir un titre, mettre le débiteur en demeure, puis faire procéder à la saisie et à la vente de l'immeuble selon les voies d'exécution, avant de se faire payer sur le prix selon son rang.
Que se passe t il si le prix de vente ne suffit pas à payer tous les créanciers ?
Le prix est réparti selon l'ordre des droits. Les créanciers les mieux placés sont payés d'abord et les suivants reçoivent ce qui reste, parfois rien. Les créanciers non désintéressés conservent leur créance contre le débiteur, mais ils ne disposent plus de la valeur du bien vendu.
Combien de temps une inscription reste elle sur le titre ?
Elle y demeure jusqu'à sa radiation, laquelle suppose une mainlevée du créancier ou une décision de justice. Le remboursement seul ne l'efface pas. C'est la raison pour laquelle des titres portent encore des inscriptions relatives à des crédits soldés depuis longtemps.
Ma banque refuse de donner mainlevée alors que j'ai tout remboursé, que faire ?
Adressez une demande écrite précisant les références du crédit, du bien et de l'inscription. En l'absence de réponse, faites signifier une mise en demeure par huissier notaire, puis saisissez le juge pour faire constater l'extinction de la créance et ordonner la radiation, preuves de paiement à l'appui.
Puis je faire radier une hypothèque depuis l'étranger ?
Oui, au moyen d'une procuration établie dans les formes admises et rédigée assez largement pour couvrir la demande de mainlevée, la formalité de radiation et la délivrance des états du titre. Le cabinet conduit alors l'ensemble des démarches et transmet l'état du titre après radiation.
Sources et vérification
- Code des droits réels, hypothèque, inscription, rang et radiation
- Code des obligations et des contrats, créance garantie et extinction des obligations
- Réglementation bancaire et circulaires de la Banque centrale de Tunisie relatives aux garanties adossées aux crédits
- Pratique du cabinet en matière de garanties immobilières et de formalités foncières
Cette page donne une information générale sur le droit tunisien. Elle ne remplace pas l'examen de vos pièces par un avocat. Dernière vérification le 19 août 2026 par Maître Amine Messaadi.
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Ce sujet relève de notre pratique en immobilier. Le dossier complet se trouve dans le guide immobilier et titres.