Se porter caution en Tunisie : ce que l'on signe vraiment
Se porter caution consiste à promettre à un créancier de payer la dette d'un autre si celui ci ne paie pas. L'engagement suppose un écrit et s'apprécie strictement dans les termes de cet écrit. Lorsque la caution est solidaire, la banque peut la poursuivre directement. Après paiement, la caution disposera d'un recours contre le débiteur principal.
Par Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis. Publié le 19 août 2026, vérifié le 19 août 2026. 14 min de lecture
À retenir
- Le cautionnement ne se présume pas : il résulte d'un écrit et se lit à la lettre.
- La clause de solidarité permet à la banque de réclamer à la caution sans poursuivre le débiteur d'abord.
- Un engagement sans plafond ni durée expose la caution bien au delà du crédit qu'elle avait en tête.
- La caution qui paie dispose d'un recours contre le débiteur, mais sa valeur dépend de la solvabilité de ce dernier.
- Tout se négocie avant la signature : après, la marge de discussion se réduit à la lecture de l'acte.
Sur quels textes cela repose
- Code des obligations et des contrats
- Il définit le cautionnement, exige un engagement exprès, en limite l'étendue à ce qui a été convenu et organise les recours de la caution qui a payé contre le débiteur principal et contre les autres cautions.
- Code de commerce
- Il encadre les opérations de banque et les engagements par signature qui accompagnent les crédits, ainsi que les effets de commerce souvent remis en garantie à côté du cautionnement.
- Réglementation bancaire et circulaires de la Banque centrale de Tunisie
- Elles imposent aux établissements de crédit des obligations de vigilance, de constitution du dossier et d'information de la clientèle, dont la caution peut utilement se prévaloir dans la discussion.
Que signifie exactement se porter caution en Tunisie ?
C'est s'engager envers un créancier à payer la dette d'un autre si celui ci ne l'exécute pas. L'engagement est accessoire : il suit le sort de la dette garantie, mais il pèse sur le patrimoine personnel de la caution comme s'il s'agissait de sa propre dette.
Le mécanisme est simple à énoncer et redoutable en pratique. La caution ne reçoit rien, ne profite pas du crédit et n'a aucun pouvoir sur la façon dont le débiteur gère son affaire ou son budget. Elle apporte seulement au créancier une seconde surface financière. Beaucoup de personnes signent en pensant rendre un service symbolique à un frère, à un associé ou à un employeur, sans percevoir qu'elles deviennent juridiquement tenues du même montant que l'emprunteur.
Le Code des obligations et des contrats attache au cautionnement deux caractères déterminants. Il est accessoire, ce qui signifie qu'il n'existe que par la dette qu'il garantit et ne peut excéder celle ci. Il est exprès, ce qui signifie qu'il ne se déduit ni d'une attitude bienveillante ni d'une lettre d'encouragement. Un engagement de caution se prouve par un écrit dont les termes seront lus strictement, sans extension par analogie.
Cette lecture stricte protège la caution autant qu'elle la piège. Elle la protège parce que la banque ne peut pas réclamer davantage que ce que l'acte prévoit. Elle la piège parce que les actes bancaires sont rédigés par la banque, avec des formules larges couvrant les engagements présents et futurs, les intérêts, les commissions et les frais. La discussion se joue donc presque entièrement sur le texte signé.
Il faut enfin distinguer le cautionnement d'autres engagements voisins que le langage courant confond. Une lettre d'intention par laquelle une société mère annonce soutenir sa filiale, un aval donné sur un effet de commerce, une garantie autonome délivrée par une banque, un simple mandat de payer : chacun produit des effets différents. Nos équipes commencent toujours par qualifier l'engagement avant d'en discuter la portée.
Jusqu'où va réellement l'engagement de la caution ?
L'engagement va aussi loin que l'acte le prévoit. Sans plafond chiffré ni durée déterminée, la caution répond du capital, des intérêts, des intérêts de retard, des commissions et des frais de recouvrement, et parfois de crédits consentis longtemps après sa signature.
La première surprise concerne les accessoires. Une caution donnée pour un crédit se retrouve appelée pour un montant sensiblement supérieur au capital emprunté, parce que le décompte de la banque intègre les intérêts échus, les intérêts de retard courus pendant la période d'impayé, les commissions et les frais engagés. Une personne qui pensait garantir une somme déterminée découvre une réclamation qui a gonflé pendant les mois de silence.
La deuxième surprise concerne les engagements futurs. Lorsque l'acte vise l'ensemble des concours consentis au débiteur, présents et à venir, la garantie devient une couverture générale de la relation bancaire. Le débiteur peut ensuite obtenir un découvert, une facilité de caisse ou un nouveau crédit, sans que la caution en soit avertie, et se voir réclamer un ensemble qu'elle n'a jamais examiné.
La troisième surprise concerne la durée. Un engagement sans terme continue de produire ses effets tant que la dette garantie n'est pas éteinte, ce qui peut représenter de nombreuses années. La caution qui a changé de situation, perdu son emploi, divorcé ou pris sa retraite reste tenue dans les mêmes termes qu'au jour de la signature, alors que sa capacité de paiement n'a plus rien de comparable.
Ce que la caution doit faire préciser dans l'acte
- Le crédit garanti, désigné par sa référence et son objet
- Un montant maximal exprimé en chiffres et en toutes lettres
- Une durée déterminée, avec une date de fin de garantie
- L'exclusion expresse des engagements futurs du débiteur
- Le sort des intérêts de retard, commissions et frais de recouvrement
- La répartition de la garantie lorsque plusieurs cautions interviennent
- L'engagement de la banque d'informer la caution des incidents de paiement
Quelle différence pratique entre caution simple et caution solidaire ?
La caution simple peut demander que le débiteur principal soit poursuivi d'abord et, lorsqu'il existe plusieurs cautions, que la dette soit divisée entre elles. La clause de solidarité écarte ces deux protections et fait de la caution un second débiteur immédiatement mobilisable.
Le bénéfice de discussion est la faculté de renvoyer le créancier vers le débiteur principal et ses biens avant de payer soi même. Le bénéfice de division permet, entre plusieurs cautions, de ne répondre que de sa part. Ces deux protections figurent dans la logique du Code des obligations et des contrats, mais elles cèdent devant une stipulation contraire, et les actes bancaires comportent presque systématiquement une clause de solidarité.
Concrètement, la caution solidaire est appelée en même temps que le débiteur, parfois avant lui lorsqu'elle paraît plus solvable ou plus facile à atteindre. Nos équipes voient régulièrement des dossiers où le débiteur principal, insaisissable, n'est jamais réellement poursuivi, tandis que la caution salariée voit sa rémunération saisie. Cette situation est parfaitement régulière dès lors que la solidarité a été stipulée.
La pluralité de cautions n'apporte pas la sécurité que l'on imagine. Lorsque trois personnes cautionnent solidairement un même crédit, la banque n'est pas obligée de réclamer un tiers à chacune : elle peut demander la totalité à celle qui présente les meilleures garanties. Celle qui a payé devra ensuite se retourner contre les autres, avec le risque de découvrir qu'elles sont introuvables ou sans ressources.
La conséquence pratique est claire. Avant de signer, il faut lire la clause de solidarité et comprendre qu'elle transforme la nature du service rendu. Lorsqu'elle ne peut pas être écartée, ce qui est fréquent, il reste possible de compenser par un plafond chiffré, une durée courte et un engagement de la banque de tenir la caution informée de l'exécution du crédit.
La banque doit elle informer la caution de la situation du débiteur ?
La banque est tenue d'obligations de vigilance et d'information issues de la réglementation bancaire et des circulaires de la Banque centrale de Tunisie, ainsi que du devoir général de bonne foi. Une caution laissée dans l'ignorance pendant des mois disposera d'arguments sérieux.
Deux moments doivent être distingués. Au moment de la signature, la banque doit s'assurer que la caution comprend l'engagement qu'elle prend et que celui ci n'est pas manifestement hors de proportion avec ses ressources. Un établissement qui fait signer une garantie considérable à une personne dépourvue de revenus significatifs, sans le moindre examen de sa situation, s'expose à une discussion sur la validité et sur sa propre responsabilité.
Pendant l'exécution du crédit, l'information porte sur l'encours et sur les incidents. Une caution avertie du premier impayé peut intervenir auprès du débiteur, aider à trouver un arrangement ou négocier un réaménagement. Une caution prévenue seulement lorsque la dette a été déchue de son terme et que les intérêts de retard ont couru pendant de longs mois découvre une réclamation devenue hors de sa portée.
Le cabinet conseille de ne pas attendre cette information et de la solliciter par écrit. Une lettre adressée à l'agence, demandant l'état de la dette garantie et la confirmation qu'aucun incident n'est survenu, crée une trace utile. Le silence ou une réponse évasive deviendront des éléments du dossier si la banque prétend plus tard avoir tenu la caution régulièrement informée.
Il faut rester mesuré sur la portée de ces arguments. Un manquement à l'information ne fait pas disparaître l'engagement : il permet plutôt de discuter le montant réclamé, notamment les intérêts de retard accumulés pendant la période de silence, et d'ouvrir une négociation. C'est souvent sur ce terrain que se règlent les dossiers de caution appelée tardivement.
Quand la banque peut elle réclamer le paiement à la caution ?
Lorsque la dette garantie est devenue exigible et que le débiteur ne l'a pas réglée. Avec une caution solidaire, cette exigibilité suffit : la banque n'a pas à démontrer qu'elle a d'abord épuisé les poursuites contre le débiteur principal.
L'exigibilité résulte soit de l'arrivée du terme, soit de la déchéance du terme prononcée à la suite d'impayés. Cette déchéance est un moment décisif, car elle rend l'intégralité du capital restant dû immédiatement réclamable, alors que le débiteur ne devait jusque là que des mensualités. La caution passe ainsi, sans transition, d'une exposition théorique à une réclamation portant sur la totalité du crédit.
La réclamation prend en général la forme d'une mise en demeure adressée à la caution, puis d'une signification par huissier notaire. Il ne faut jamais la laisser sans réponse. Le premier travail consiste à vérifier que l'acte de cautionnement est bien celui que l'on a signé, que la dette réclamée entre dans son champ, que le plafond éventuel est respecté et que le décompte est justifié pièce par pièce.
Vient ensuite l'examen des exceptions. La caution peut opposer au créancier les défenses qui appartiennent au débiteur et qui touchent la dette elle même : extinction par paiement, nullité de l'engagement garanti, remise consentie, imputation de sommes déjà versées. Elle peut également invoquer ce qui lui est propre, comme un vice de son consentement ou l'irrégularité de l'acte.
Enfin, la discussion porte souvent sur la conduite de la banque. Garanties réelles constituées et non mises en oeuvre, encaissements non imputés, délais accordés au débiteur sans en informer la caution, intérêts de retard courus pendant une inaction prolongée : ces éléments ne suppriment pas l'engagement mais pèsent réellement dans la négociation du montant finalement payé.
Les vérifications à conduire dès la mise en demeure
- Identité de l'acte signé et exactitude de ses mentions
- Rattachement de la dette réclamée au champ de la garantie
- Respect du plafond et de la durée stipulés
- Décompte détaillé du capital, des intérêts et des frais
- Imputation de tous les versements déjà effectués par le débiteur
- Existence d'autres garanties, réelles ou personnelles, non encore mises en oeuvre
La caution qui a payé peut elle se retourner contre le débiteur ?
Oui. Le Code des obligations et des contrats lui ouvre un recours contre le débiteur principal pour ce qu'elle a versé, et un recours contre les autres cautions pour leur part. La difficulté n'est pas le droit, elle est la solvabilité de celui contre qui on agit.
Le recours suppose une preuve rigoureuse du paiement. Une caution qui règle en espèces, sans quittance détaillée, ou qui laisse la banque prélever sur son compte sans obtenir de décompte, se retrouve à devoir démontrer ce qu'elle a payé et au titre de quelle dette. Nos équipes insistent donc sur un point simple : tout paiement doit être tracé, imputé et confirmé par un document remis par la banque.
La caution qui a payé prend la place du créancier dans la limite de ce qu'elle a versé. Cela présente un intérêt considérable lorsque le crédit était également garanti par une hypothèque, un nantissement ou une autre sûreté. La caution peut alors se prévaloir de cette garantie, ce qui change complètement ses chances de récupération. Encore faut il que les formalités de la sûreté aient été correctement accomplies.
En pratique, le recours se heurte souvent au mur de l'insolvabilité. La caution a été appelée précisément parce que le débiteur ne pouvait pas payer, et rien ne garantit qu'il pourra rembourser celui qui a payé pour lui. C'est la raison pour laquelle il faut réfléchir à la solvabilité du débiteur avant de signer, et non après avoir versé les fonds à la banque.
Lorsque le débiteur conserve des actifs, l'action se conduit comme un recouvrement classique : mise en demeure signifiée, titre judiciaire, puis mesures d'exécution. Le cabinet recommande d'identifier les biens saisissables en même temps que le paiement est effectué, car un débiteur qui apprend que sa caution a payé organise parfois rapidement la disparition de ce qui restait accessible.
Les pièces à réunir pour agir contre le débiteur
- Acte de cautionnement et contrat de crédit garanti
- Mise en demeure reçue de la banque et décompte réclamé
- Preuve du paiement effectué et quittance détaillée de la banque
- Confirmation écrite de l'imputation des sommes versées
- Liste des sûretés qui garantissaient le même crédit
- Éléments sur le patrimoine et les revenus du débiteur
Comment sortir d'un cautionnement ou en limiter la portée ?
Un cautionnement régulièrement souscrit ne se révoque pas d'un simple courrier. La sortie passe soit par l'extinction de la dette garantie, soit par un accord avec la banque, soit par la mise en cause de l'acte lui même lorsque sa rédaction ou les circonstances de sa signature le permettent.
La voie la plus nette est celle de la durée. Lorsque l'acte prévoit un terme, la garantie cesse de couvrir les engagements nés après cette date, ce qui rend la sortie mécanique. C'est pourquoi la négociation d'une durée déterminée, au moment de la signature, vaut mieux que toutes les discussions ultérieures. Un engagement sans terme se prolonge tant que la dette garantie subsiste.
La deuxième voie est la substitution. Une caution peut demander à être remplacée par une autre garantie jugée équivalente par la banque : une nouvelle caution, une sûreté réelle sur un bien, un nantissement, un dépôt affecté. La banque n'y est pas obligée, mais elle accepte souvent lorsque le crédit s'est bien exécuté et que la garantie proposée est solide. La demande se prépare avec un dossier, pas avec une simple lettre.
La troisième voie consiste à discuter l'acte. Consentement obtenu sans que la caution ait pu prendre connaissance de l'engagement, mentions incomplètes sur la dette garantie, signature apposée sur un document préparé en blanc, disproportion manifeste entre l'engagement et les ressources connues de la caution, méconnaissance par la banque de ses obligations de vigilance : ces éléments s'examinent pièce par pièce.
Il existe enfin la voie de la négociation globale. Lorsque le débiteur principal est en difficulté, un règlement d'ensemble associant la banque, le débiteur et les cautions produit souvent un meilleur résultat que trois procédures parallèles. Réaménagement de la dette, abandon d'une partie des intérêts de retard, échéancier accepté par tous : nos équipes privilégient cette approche quand la situation le permet.
Le conjoint et les héritiers de la caution sont ils concernés ?
Le cautionnement pèse sur le patrimoine de celui qui l'a signé, mais ses effets atteignent souvent le foyer et se transmettent à la succession. Ces conséquences doivent être examinées avant la signature, car elles surprennent presque toujours les familles au moment de la réclamation.
La question du conjoint se pose de deux manières. Lorsqu'il a lui même signé, il est engagé dans les termes de l'acte, souvent solidairement, et la banque peut le poursuivre indépendamment. Lorsqu'il n'a rien signé, il n'est pas personnellement tenu, mais les mesures d'exécution portant sur des biens communs ou sur le logement de la famille produisent des effets concrets sur sa vie quotidienne, ce qui rend le sujet indissociable du couple.
La question des héritiers est plus délicate encore. Les dettes du défunt entrent dans le passif de la succession, et un cautionnement en cours au jour du décès ne disparaît pas avec la personne qui l'avait consenti. Les héritiers découvrent parfois l'existence de l'engagement à l'occasion d'une réclamation de la banque, longtemps après le décès, sans avoir jamais eu connaissance du crédit garanti.
Il faut alors distinguer ce que le cautionnement couvrait déjà au jour du décès et ce qui est né ensuite, distinction dont la solution dépend de la rédaction de l'acte. Un engagement limité à un crédit déterminé se liquide comme une dette identifiable. Un engagement portant sur les concours futurs soulève une discussion sérieuse, que le cabinet aborde en repartant du texte signé et de la date des engagements réclamés.
La conclusion pratique est la même dans les deux cas. Une caution doit informer ses proches de ce qu'elle a signé, conserver l'acte et les décomptes reçus, et faire examiner régulièrement l'étendue de son engagement. Une famille qui connaît la situation peut réagir. Une famille qui découvre tout au stade de la saisie se défend dans les pires conditions.
Avant de signer, pendant le crédit, puis lorsque la banque réclame
- Se faire remettre le projet d'acte et le lire en entier
Aucune caution ne devrait signer un document qu'elle découvre au guichet. Le projet doit être remis à l'avance, avec le contrat de crédit qu'il garantit. La lecture porte sur trois points : quelle dette est garantie, jusqu'à quel montant, et pendant combien de temps. Tout le reste découle de ces réponses.
- Identifier précisément la dette garantie
Un cautionnement peut viser un crédit déterminé ou l'ensemble des engagements présents et futurs du débiteur envers la banque. La différence est considérable. Dans le second cas, la caution répond de découverts, de facilités de caisse et de crédits ultérieurs dont elle n'aura jamais entendu parler.
- Vérifier le plafond, la durée et les accessoires
L'acte indique t il un montant maximal et une date de fin ? Couvre t il seulement le capital, ou aussi les intérêts, les intérêts de retard, les commissions et les frais de recouvrement ? Un engagement muet sur ces points est un engagement ouvert, et c'est presque toujours ainsi qu'il est rédigé.
- Mesurer sa propre exposition patrimoniale
La question à se poser n'est pas si le débiteur paiera, mais que se passe t il si le débiteur ne paie pas. Il faut mettre en face de l'engagement ses revenus, son logement, ses comptes et sa situation familiale. Une caution donnée à la légère se paie sur le patrimoine du foyer.
- Négocier les limites avant la signature
C'est le seul moment où la caution a du poids. Plafond exprimé en chiffres, durée déterminée, exclusion des engagements futurs, information périodique sur l'encours, partage de la garantie entre plusieurs cautions : autant de points qui se discutent et que nos équipes font préciser dans l'acte.
- Demander régulièrement l'état de la dette garantie
Pendant toute la vie du crédit, la caution a un intérêt direct à savoir où en est le débiteur. Une demande écrite adressée à la banque permet de connaître l'encours et les incidents. Une caution informée réagit tôt, quand la situation reste rattrapable, plutôt qu'au stade du contentieux.
- Réagir à la mise en demeure, puis exercer son recours
Une fois la caution appelée, il faut vérifier la validité de l'acte, l'étendue réelle de la garantie, le décompte réclamé et les diligences de la banque. Après paiement, la caution se fait remettre une quittance détaillée et agit contre le débiteur pour récupérer ce qu'elle a versé.
Caution simple et caution solidaire : ce que la clause change
| Point de comparaison | Caution simple | Caution solidaire |
|---|---|---|
| Ordre de poursuite | Le débiteur principal est recherché en premier | La caution peut être appelée directement |
| Bénéfice de discussion | La caution peut renvoyer au débiteur | La clause de solidarité le neutralise |
| Plusieurs cautions | Chacune pour sa part | Chacune peut être tenue de la totalité |
| Position de la banque | Garantie de second rang | Second débiteur immédiatement mobilisable |
| Étendue habituelle | Souvent limitée par écrit | Principal, intérêts et accessoires |
| Fréquence dans les actes bancaires | Rare | La rédaction courante |
| Marge de négociation | Sur la part garantie | Sur le plafond et la durée |
| Recours après paiement | Contre le débiteur | Contre le débiteur et les autres cautions |
Cas particuliers
Le dirigeant qui cautionne le crédit de sa société
C'est la situation la plus fréquente. La banque demande au gérant de garantir personnellement le concours accordé à la société, ce qui neutralise la séparation entre patrimoine social et patrimoine personnel. Le point sensible est la cession des parts ou le départ du dirigeant : sans démarche expresse auprès de la banque et sans accord écrit de libération, l'ancien gérant reste tenu de dettes contractées par une société qu'il ne contrôle plus.
La caution réside à l'étranger
Un Tunisien établi hors du pays qui cautionne un crédit en Tunisie doit veiller à deux points. D'abord la notification : il faut indiquer dans l'acte une adresse de correspondance fiable, sans quoi les mises en demeure peuvent circuler pendant des mois avant de lui parvenir, tandis que les intérêts de retard courent. Ensuite la conduite du dossier : une procuration donnée au cabinet permet de discuter l'acte, de vérifier le décompte et d'engager le recours contre le débiteur sans se déplacer.
Plusieurs cautions pour un même crédit
La banque peut réclamer la totalité à celle qui paraît la plus solvable, à charge pour elle de se retourner ensuite contre les autres. Il est donc essentiel de savoir, avant de signer, qui garantit le même crédit et pour quelle part. Un accord écrit entre cautions, fixant la répartition et l'obligation de s'informer mutuellement de toute réclamation, évite des recours désordonnés lorsque la difficulté survient.
Le cautionnement d'un bail ou d'un engagement professionnel
Toutes les cautions ne sont pas bancaires. Garantir les loyers d'un proche, l'engagement d'un employé ou l'exécution d'un marché relève de la même logique juridique, avec des durées parfois très longues et des montants qui s'accumulent silencieusement. La vigilance porte sur les mêmes points : dette précisément identifiée, plafond chiffré, terme déterminé, et information sur les incidents.
Une caution ne mesure presque jamais ce qu'elle signe, parce qu'elle pense au service rendu et non au jour de l'impayé. Tout ce qui peut la protéger doit être écrit dans l'acte avant la signature : un plafond, une durée, et l'obligation d'être informée.
Les erreurs qui coûtent cher
Signer un acte présenté au guichet sans l'avoir lu ni fait relire
La caution découvre plus tard qu'elle garantit les engagements présents et futurs du débiteur, sans plafond ni terme.
Accepter un engagement sans montant maximal ni date de fin
La garantie se prolonge sur des années et couvre des crédits que la caution n'a jamais examinés.
Ignorer la mise en demeure en pensant que la banque poursuivra le débiteur
Les intérêts de retard continuent de courir et la caution solidaire se retrouve poursuivie directement.
Payer sans obtenir un décompte détaillé ni une quittance
Le recours contre le débiteur devient difficile à chiffrer et prête à contestation.
Quitter la gérance d'une société sans faire libérer son cautionnement par écrit
L'ancien dirigeant reste tenu de dettes nées après son départ, dans une société qu'il ne maîtrise plus.
Questions fréquentes
Un cautionnement verbal engage t il la caution ?
Le cautionnement ne se présume pas et doit résulter d'un engagement exprès. Une promesse verbale de soutien, un message d'encouragement ou une simple présence lors de la signature du crédit ne suffisent pas. En pratique, la banque exige toujours un écrit, et c'est ce document qui délimite l'étendue de l'obligation.
La banque peut elle me réclamer le paiement avant de poursuivre l'emprunteur ?
Oui lorsque la clause de solidarité figure dans l'acte, ce qui est la règle dans les cautionnements bancaires. La caution devient un second débiteur que la banque peut appeler directement dès l'exigibilité. C'est précisément ce que le bénéfice de discussion permettrait d'éviter dans un cautionnement simple.
Puis je revenir sur ma signature après réflexion ?
Un cautionnement régulièrement souscrit ne se révoque pas par une lettre. La sortie passe par l'extinction de la dette garantie, un accord de libération obtenu de la banque, une substitution de garantie, ou la mise en cause de l'acte lorsque sa rédaction ou les conditions de sa signature le justifient.
Que puis je opposer à la banque lorsqu'elle me réclame le paiement ?
Les défenses qui touchent la dette garantie, comme son extinction, la nullité de l'engagement principal ou l'imputation de versements déjà reçus, ainsi que celles qui vous sont propres, comme un vice du consentement ou l'irrégularité de l'acte. La conduite de la banque et le décompte réclamé se discutent également.
Mon engagement couvre t il les intérêts de retard et les frais ?
Cela dépend de la rédaction de l'acte, et la plupart des formulaires bancaires les incluent. C'est la raison pour laquelle le montant réclamé dépasse souvent nettement le capital emprunté, surtout lorsque la banque a attendu longtemps avant d'appeler la caution.
J'ai payé à la place du débiteur : comment récupérer mon argent ?
Vous disposez d'un recours contre le débiteur principal pour ce que vous avez versé, et contre les autres cautions pour leur part. Réunissez l'acte, la mise en demeure, le décompte et la quittance, puis faites signifier une mise en demeure avant d'engager l'action et l'exécution.
Puis je cautionner un crédit en Tunisie depuis l'étranger ?
Oui, et cela se pratique couramment dans les familles établies hors du pays. Deux précautions s'imposent : faire figurer dans l'acte une adresse de correspondance fiable pour recevoir les notifications, et confier au cabinet une procuration permettant de suivre le dossier sans se déplacer.
Mon logement peut il être saisi en raison de mon cautionnement ?
Le cautionnement engage le patrimoine personnel de la caution, et les mesures d'exécution peuvent en principe porter sur ses biens après obtention d'un titre. La situation dépend du régime des biens, de la nature du logement et des règles applicables aux voies d'exécution, points qu'il faut faire examiner sans attendre.
Sources et vérification
- Code des obligations et des contrats, cautionnement, étendue de l'engagement et recours de la caution
- Code de commerce, opérations de banque et engagements par signature
- Réglementation bancaire et circulaires de la Banque centrale de Tunisie relatives à la vigilance et à l'information de la clientèle
- Pratique du cabinet en contentieux des garanties bancaires
Cette page donne une information générale sur le droit tunisien. Elle ne remplace pas l'examen de vos pièces par un avocat. Dernière vérification le 19 août 2026 par Maître Amine Messaadi.
À lire ensuite
Ce sujet relève de notre pratique en bancaire et financier. Le dossier complet se trouve dans le guide argent et litiges.