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Saisie conservatoire en Tunisie : bloquer les biens avant le procès

La saisie conservatoire immobilise les biens ou les sommes du débiteur avant tout jugement, sur autorisation du juge. Elle suppose une créance paraissant fondée en son principe et des circonstances qui menacent son recouvrement. Elle ne transfère rien au créancier : elle gèle le patrimoine le temps d'obtenir un titre exécutoire.

Par Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis. Publié le 19 août 2026, vérifié le 19 août 2026. 15 min de lecture

À retenir

  • La mesure gèle les biens sans les attribuer, le paiement suppose ensuite un titre.
  • Deux conditions se cumulent : créance paraissant fondée et recouvrement menacé.
  • L'autorisation est demandée au juge, souvent sans que le débiteur soit entendu.
  • Le juge peut exiger une garantie destinée à couvrir un préjudice éventuel.
  • Une saisie injustifiée engage la responsabilité du créancier qui l'a fait pratiquer.

Sur quels textes cela repose

Code de procédure civile et commerciale
Il organise les mesures conservatoires, définit les conditions dans lesquelles le juge autorise une saisie avant jugement, encadre les formes de la requête et de l'ordonnance, détermine les biens saisissables et fixe les modalités de conversion de la mesure conservatoire en mesure d'exécution.
Code des obligations et des contrats
Il fonde la créance dont la protection est demandée et régit la responsabilité de celui qui cause un dommage par sa faute. C'est sur ce terrain que se règle la question de la réparation due lorsqu'une saisie pratiquée sans droit a désorganisé l'activité du débiteur.
Statut des huissiers notaires
Il réserve à l'huissier notaire la mise en œuvre de la saisie, la rédaction du procès verbal qui identifie les biens appréhendés et la signification des actes au débiteur comme au tiers détenteur des sommes ou des biens visés.

Qu'est ce qu'une saisie conservatoire et que bloque t elle exactement ?

C'est une mesure autorisée par le juge qui rend indisponibles des biens ou des sommes du débiteur avant tout jugement. Elle ne transfère rien au créancier : elle empêche seulement que le patrimoine disparaisse avant l'obtention du titre.

La saisie conservatoire répond à un problème que tout créancier découvre tôt ou tard : gagner un procès ne garantit pas d'être payé. Pendant les mois qui séparent la mise en demeure du jugement définitif, un débiteur averti dispose de tout le temps nécessaire pour vider un compte, céder un véhicule, transférer un fonds de commerce ou faire disparaître un stock. La mesure conservatoire neutralise cette fenêtre en gelant ce qui existe encore au jour où elle est pratiquée, avant que le débiteur ne comprenne qu'il est visé.

Il faut bien saisir ce que la mesure ne fait pas. Elle ne donne aucun droit de propriété sur les biens appréhendés, elle ne permet pas de les vendre et elle ne procure aucun paiement immédiat. Les sommes bloquées sur un compte restent celles du débiteur, simplement indisponibles. Le créancier qui espère encaisser dès la saisie se trompe sur la nature de l'outil, et cette confusion conduit parfois à des reproches injustifiés adressés à l'huissier notaire, qui ne fait qu'appliquer le cadre fixé par l'ordonnance.

L'intérêt réel de la mesure est double. Elle préserve la possibilité d'un paiement futur en empêchant l'organisation d'une insolvabilité, et elle modifie profondément le rapport de force. Un débiteur dont le compte professionnel est bloqué, ou dont le matériel est immobilisé, découvre soudainement un intérêt à discuter. Beaucoup de dossiers se règlent dans les semaines qui suivent une saisie conservatoire bien ciblée, sans qu'il soit nécessaire d'attendre le terme de la procédure au fond engagée en parallèle.

Quelles conditions faut il réunir pour obtenir l'autorisation du juge ?

Deux conditions se cumulent : la créance doit paraître fondée en son principe et le recouvrement doit être menacé par des circonstances concrètes. L'absence de démonstration sur le second point est la cause la plus fréquente de refus.

La première condition est une exigence d'apparence, non de certitude. Le juge n'instruit pas le litige, il examine si les pièces produites rendent la créance vraisemblable. Un contrat signé, une facture acceptée sans protestation, un solde reconnu dans une correspondance ou un effet de commerce impayé suffisent généralement. En revanche, une créance qui suppose l'interprétation d'un accord verbal, ou dont le montant repose sur une évaluation unilatérale du demandeur, se heurte à une appréciation beaucoup plus réservée du magistrat saisi.

La seconde condition concerne la menace pesant sur le recouvrement. Ce n'est pas la mauvaise foi supposée du débiteur qui compte, ce sont les faits qui la manifestent : une annonce de vente publiée, un local rendu, un salarié licencié, un chèque rejeté, une activité transférée à une autre société, un départ du pays annoncé. Le cabinet consacre l'essentiel du travail préparatoire à documenter ce point, car une requête solide sur la créance et muette sur la menace est très souvent rejetée.

Il existe une troisième exigence, moins visible mais tout aussi déterminante : la proportion. Une saisie qui porterait sur un patrimoine manifestement disproportionné au regard de la créance réclamée est de nature à être réduite par le juge, et elle expose son auteur à un reproche d'abus. Le cabinet chiffre donc la créance avec précision, intérêts et accessoires compris, puis calibre les biens visés sur ce montant plutôt que de demander le blocage de tout ce qui est identifiable.

Sur quels biens la saisie conservatoire peut elle porter ?

Elle peut viser des sommes détenues par un tiers, des biens meubles, des créances du débiteur, des parts sociales ou un immeuble. Certains biens sont insaisissables, notamment ceux qui sont indispensables à la vie courante.

La saisie entre les mains d'un tiers est souvent la plus efficace. Elle vise les sommes qu'une banque, un client ou un locataire détient pour le compte du débiteur. Son effet est immédiat : le tiers reçoit notification et ne peut plus se libérer entre les mains du débiteur sans engager sa propre responsabilité. Son efficacité dépend entièrement de la qualité du renseignement, car une banque non identifiée ne peut pas être notifiée et un compte inconnu ne peut pas être bloqué.

La saisie de biens corporels suppose une désignation vérifiable. Un véhicule s'identifie par son immatriculation, un matériel par son numéro de série, un stock par un inventaire dressé sur place. L'huissier notaire décrit ce qu'il constate et ne peut appréhender ce qui n'appartient manifestement pas au débiteur. Cette question de la propriété réelle est la principale source de contestation, notamment lorsque le matériel se trouve dans des locaux partagés entre plusieurs sociétés apparentées.

Certains biens échappent à la mesure. Le Code de procédure civile et commerciale exclut ce qui est nécessaire à la vie de la personne et de sa famille, ainsi que certains biens affectés à un usage protégé. Viser ces biens n'apporte rien et fragilise l'ensemble de la démarche, car la contestation qui s'ensuit donne au débiteur l'occasion de présenter le créancier comme abusif. Le tri se fait donc avant la requête, en concertation avec l'huissier notaire qui connaît la réalité du terrain.

Les renseignements à réunir avant de déposer la requête

  • Nom des banques du débiteur, révélé par un chèque ou un virement reçu
  • Immatriculation des véhicules et localisation du matériel professionnel
  • Identité des clients ou locataires qui doivent des sommes au débiteur
  • Références de l'immeuble et vérification de la propriété réelle
  • Existence de parts sociales et identification des sociétés concernées
  • Situation du débiteur au registre national des entreprises
  • Indices récents d'une dégradation de sa situation financière

Comment se présente la requête et le débiteur est il entendu ?

La requête est présentée au juge sans que le débiteur soit préalablement entendu, afin de préserver l'effet de surprise. Elle doit exposer la créance, la menace pesant sur le recouvrement et désigner précisément les biens visés.

L'absence de débat contradictoire préalable est la caractéristique la plus frappante de cette procédure, et elle se comprend aisément. Avertir le débiteur qu'une saisie va être demandée équivaudrait à lui suggérer de vider ses comptes. Cette dérogation au principe du contradictoire a une contrepartie stricte : le juge examine la requête avec exigence et le débiteur conserve le droit de contester la mesure une fois qu'elle a été pratiquée, devant le magistrat qui l'a autorisée.

La conséquence pratique est que la requête doit être complète. Le magistrat n'aura pas l'occasion de poser des questions et il statue sur pièces. Une requête qui affirme sans démontrer, qui vise des biens de manière générique ou qui reste vague sur le montant réclamé sera rejetée ou fortement limitée. Le cabinet rédige donc ce document comme une plaidoirie écrite, chaque affirmation renvoyant à une pièce numérotée du bordereau annexé à la demande.

Le débiteur découvrira la mesure au moment de son exécution, par la signification que lui remet l'huissier notaire. Il peut alors demander la rétractation ou la limitation de l'autorisation, en démontrant que la créance est sérieusement contestable ou que le recouvrement n'était pas menacé. Cette contestation se prépare dès la requête : tout argument prévisible qui n'a pas été neutralisé par avance devient un argument efficace le jour où il est soulevé devant le juge.

Ce que doit contenir la requête aux fins de saisie conservatoire

  • Identité complète du créancier et du débiteur avec adresses actuelles
  • Exposé de la créance et détail du calcul du montant réclamé
  • Énumération des pièces qui établissent l'apparence de la créance
  • Description des circonstances qui menacent le recouvrement
  • Désignation précise des biens, comptes ou créances visés
  • Indication du tiers détenteur lorsque la mesure le concerne
  • Demande formulée de manière proportionnée au montant réclamé

Le juge peut il exiger une garantie du créancier ?

Oui. Le magistrat peut subordonner l'autorisation à la constitution d'une garantie destinée à couvrir le préjudice que subirait le débiteur si la saisie se révélait injustifiée. Cette exigence doit être anticipée avant le dépôt.

La garantie est la contrepartie logique d'une mesure obtenue sans que l'adversaire soit entendu. Le juge autorise sur des apparences, il accepte donc un risque d'erreur et fait supporter ce risque à celui qui en tire l'avantage. Sa forme et son montant relèvent de l'appréciation du magistrat au vu du dossier, de la nature des biens visés et du dommage prévisible que l'immobilisation pourrait causer à l'activité du débiteur. Il ne s'agit donc pas d'une sanction, mais d'un équilibre entre deux intérêts également légitimes.

Cette exigence a une conséquence financière immédiate qu'il faut évoquer avant d'engager la procédure. Une garantie qui dépasse les capacités du créancier rend l'ordonnance inutilisable, puisque la saisie ne pourra pas être pratiquée. Le cabinet aborde donc ce point au premier entretien et calibre la demande en tenant compte de cette réalité, car il est préférable de solliciter une mesure plus étroite et réalisable qu'une mesure ambitieuse qui restera lettre morte.

La garantie n'est pas perdue. Elle est constituée pour la durée de la mesure et sa libération intervient selon l'issue du litige et les conditions fixées par l'ordonnance. Elle change en revanche le calcul économique de la démarche : il faut mobiliser des fonds au moment où l'on est précisément privé d'une créance impayée. Cette tension explique pourquoi la mesure conservatoire se décide sur les dossiers où l'enjeu justifie l'effort, et non de façon systématique.

Comment la saisie s'exécute t elle et combien coûte t elle ?

L'huissier notaire signifie l'ordonnance, dresse le procès verbal et notifie le tiers détenteur. Les frais d'exécution s'ajoutent aux honoraires et à la garantie, et se comparent à la valeur de la créance qui disparaîtrait sans mesure.

L'exécution est immédiate et sa rapidité fait toute l'efficacité de la mesure. L'huissier notaire se rend à la banque, chez le tiers détenteur ou sur les lieux où se trouvent les biens, signifie les actes et dresse un procès verbal détaillé. Ce document est la pièce maîtresse du dossier : il fixe ce qui a été appréhendé, à quelle date et dans quelles conditions. Une description sommaire ou approximative sera exploitée par le débiteur pour obtenir la libération des biens.

Le coût comprend plusieurs éléments distincts. Les frais de signification et d'exécution rémunèrent l'intervention de l'huissier notaire, auxquels s'ajoutent les frais liés à la requête, les honoraires et, le cas échéant, la garantie exigée par le juge. Le cabinet remet une estimation écrite qui distingue clairement les frais des honoraires, afin que le créancier sache ce qu'il engage avant de décider et ce qui restera dû si la mesure est refusée.

La comparaison pertinente n'est pas entre ce coût et zéro, mais entre ce coût et la valeur de ce qui s'évapore pendant l'attente. Un compte professionnel bloqué au bon moment permet parfois de recouvrer l'essentiel d'une créance que l'on aurait perdue en totalité. À l'inverse, engager des frais d'exécution sur un débiteur dont le patrimoine est déjà vide n'a aucun sens. Le renseignement préalable est donc ce qui détermine la rentabilité de la démarche.

Que risque t on lorsque la saisie se révèle injustifiée ?

Le créancier dont la saisie est rétractée ou qui perd au fond répond du dommage causé par l'immobilisation des biens. La garantie constituée sert précisément à couvrir cette réparation éventuelle.

Le risque n'est pas théorique. Bloquer le compte d'une entreprise, immobiliser son matériel de production ou geler ses créances clients peut désorganiser une activité en quelques jours. Si le juge rétracte l'autorisation ou si le fond donne tort au créancier, la question de la réparation se pose sur le terrain de la responsabilité : celui qui a fait pratiquer la mesure a causé un dommage et doit en répondre, indépendamment de sa bonne foi au moment où il agissait.

L'ampleur du risque dépend directement de la nature des biens visés. Une saisie sur un compte largement approvisionné, portant sur un montant proportionné, cause peu de dommage. Une saisie qui immobilise l'unique outil de production d'une entreprise, ou qui bloque la totalité de sa trésorerie, expose à une réclamation importante. Ce calcul se fait avant le dépôt de la requête, en choisissant délibérément la mesure la plus efficace parmi les moins dommageables.

La prudence commande également de suivre le dossier après l'exécution. Une mesure maintenue alors que la créance a été partiellement réglée, ou que la menace a disparu, devient difficile à justifier. Le cabinet réexamine donc régulièrement la situation et propose la levée ou la réduction de la saisie lorsque les circonstances ont changé, ce qui protège le client autant que cela améliore sa position dans la discussion avec le débiteur.

Comment convertir la saisie conservatoire en saisie exécutoire ?

La conversion suppose un titre exécutoire, obtenu par jugement au fond ou par un accord constaté. Sans cette suite, la mesure conservatoire devient caduque et les biens gelés sont libérés.

La saisie conservatoire est par définition provisoire. Elle organise l'attente, elle ne clôt rien. Pour être payé, le créancier doit obtenir un titre exécutoire, ce qui suppose de mener la procédure au fond jusqu'à son terme ou de faire constater un accord dans une forme qui lui donne force exécutoire. La conversion transforme alors le gel en attribution : les sommes bloquées peuvent être appréhendées, les biens saisis peuvent être vendus dans les formes prévues.

L'erreur la plus coûteuse consiste à considérer la saisie comme un aboutissement et à laisser dormir le dossier. Les textes imposent au créancier une diligence dans l'engagement de l'action au fond, et le défaut de diligence conduit à la caducité de la mesure. Les biens sont alors libérés, souvent au pire moment, et le débiteur averti ne laissera pas une seconde occasion de les appréhender. La procédure au fond se prépare donc en même temps que la requête conservatoire.

En pratique, la conversion se déroule mieux lorsque la mesure conservatoire a été conçue en pensant à elle. Des biens correctement désignés, un procès verbal détaillé, un tiers détenteur régulièrement notifié et un montant proportionné facilitent l'exécution finale. À l'inverse, une saisie approximative devra être reprise, ce qui rouvre les contestations que l'on croyait purgées et retarde le paiement de plusieurs mois alors que le titre est déjà obtenu. Le soin apporté à la première mesure se mesure donc au moment du recouvrement, pas au moment de la requête.

Les étapes qui suivent la saisie conservatoire

  • Engager ou poursuivre l'action au fond dans le délai imparti
  • Vérifier que le tiers détenteur a bien déclaré les sommes détenues
  • Suivre les contestations éventuelles portées devant le juge
  • Ajuster ou lever la mesure si la situation du dossier évolue
  • Obtenir le jugement et sa formule exécutoire
  • Faire signifier le titre au débiteur par huissier notaire
  • Convertir la mesure et procéder au recouvrement effectif

De la créance menacée au patrimoine gelé

  1. Établir que la créance paraît fondée en son principe

    Le juge ne vérifie pas le bien fondé définitif de la créance, il regarde si elle présente une apparence sérieuse. Un contrat signé, une reconnaissance de dette, des factures acceptées ou une correspondance dans laquelle le débiteur admet devoir sont les pièces les plus utiles. Une créance reposant sur des déclarations non corroborées est rarement autorisée à ce stade.

    Contrat, reconnaissance de dette, factures acceptées

  2. Localiser précisément les biens et les comptes du débiteur

    Une saisie ne se pratique que sur ce que l'on peut désigner. Le nom d'une banque, l'immatriculation d'un véhicule, l'adresse d'un local, la référence d'un immeuble ou l'identité d'un client débiteur du débiteur permettent une mesure efficace. À défaut, l'ordonnance obtenue reste théorique et l'huissier notaire se déplace sans rien pouvoir appréhender.

    Relevés, factures mentionnant une banque, extrait du registre

  3. Réunir les indices de la menace sur le recouvrement

    La seconde condition est la plus souvent négligée. Il faut montrer que le recouvrement est en péril : mise en vente d'un bien, fermeture d'un local, transfert d'activité, chèque sans provision, départ annoncé du pays, cessation brutale des paiements. Chaque indice se documente par une pièce plutôt que par une affirmation, car c'est là que la demande se gagne ou se perd.

    Annonce de vente, courriers de refus, avis de rejet bancaire

  4. Rédiger et déposer la requête aux fins d'autorisation

    La requête expose la créance, son montant détaillé, les pièces qui la fondent, les circonstances qui menacent le recouvrement et les biens précisément visés. Elle est adressée au magistrat compétent, le plus souvent sans que le débiteur soit préalablement entendu, puisque l'effet de surprise conditionne l'efficacité de la mesure.

    Requête motivée et bordereau de pièces

  5. Obtenir l'ordonnance et constituer la garantie exigée

    Le juge autorise, refuse ou limite la mesure. Il peut subordonner l'autorisation à la constitution d'une garantie destinée à couvrir le préjudice que subirait le débiteur si la saisie se révélait injustifiée. Cette exigence s'anticipe, car elle conditionne la possibilité concrète de faire exécuter l'ordonnance obtenue.

    Dans le délai fixé par l'ordonnance elle même Ordonnance d'autorisation et justificatif de la garantie

  6. Faire pratiquer la saisie par huissier notaire

    L'huissier notaire signifie l'acte, dresse le procès verbal, identifie les biens ou notifie le tiers détenteur des sommes. La qualité de ce procès verbal détermine la solidité de la mesure : une désignation imprécise des biens ouvre une contestation immédiate et fait perdre l'avantage de la rapidité obtenue.

    Sans attendre, l'effet de surprise étant déterminant Procès verbal de saisie et actes de signification

  7. Engager l'action au fond et convertir la mesure

    La saisie conservatoire n'est qu'une étape. Le créancier doit engager ou poursuivre l'action au fond pour obtenir un titre, puis convertir la mesure en saisie exécutoire afin d'être payé. Négliger cette suite expose à la caducité de la mesure et à la libération des biens gelés, souvent au moment le plus défavorable.

    Dans le délai imparti par les textes applicables Requête introductive au fond et justificatif de dépôt

Ce que la saisie conservatoire permet selon le bien visé

Bien ou somme viséEffet de la mesurePoint de vigilance
Compte bancaire du débiteurLes sommes présentes sont indisponiblesLe compte peut être vide, l'identification de la banque est décisive
Créance du débiteur sur un tiersLe tiers ne peut plus payer entre les mains du débiteurL'existence et le montant de la créance saisie doivent être établis
Véhicule ou matériel professionnelLe bien devient indisponible à la venteLa désignation doit être précise et vérifiable par l'huissier notaire
Stock de marchandisesLes biens sont inventoriés et immobilisésLes marchandises périssables posent une difficulté de conservation
Immeuble appartenant au débiteurInscription rendant la vente difficile à réaliserLa vérification de la propriété réelle du bien est indispensable
Loyers dus au débiteur bailleurLe locataire ne peut plus payer son bailleurL'identité du locataire et la réalité du bail doivent être justifiées
Parts sociales détenues par le débiteurLa cession est entravée par la mesureLa société doit être identifiée et la détention établie
Biens indispensables à la vie couranteAucune mesure, ces biens échappent à la saisieUne saisie abusive de ces biens fragilise toute la procédure

Cas particuliers

Le créancier réside à l'étranger

Un créancier établi hors de Tunisie peut faire pratiquer une saisie conservatoire sans se déplacer, sur procuration régulièrement établie et, selon le pays, légalisée ou apostillée. Le délai d'acheminement de ce document est souvent le seul obstacle réel, ce qui plaide pour le préparer avant que la situation ne se dégrade. Le cabinet dépose la requête, suit l'exécution avec l'huissier notaire et rend compte à distance de chaque acte accompli.

Le débiteur organise son insolvabilité

Lorsque le débiteur transfère son activité à une société nouvelle, met ses biens au nom d'un proche ou vide ses comptes après réception d'une mise en demeure, la saisie conservatoire devient l'outil central du dossier. Ces opérations laissent des traces exploitables : dates de cession, changements au registre, annonces de vente. Ces éléments servent à la fois à démontrer la menace sur le recouvrement et à préparer la contestation ultérieure des actes accomplis en fraude des droits du créancier.

Le débiteur est une société apparentée à d'autres

Les groupes de sociétés soulèvent une difficulté récurrente : le matériel se trouve dans des locaux partagés et il devient difficile d'établir qui possède quoi. Une saisie pratiquée sur des biens appartenant à une société tierce sera contestée avec succès et se retournera contre le créancier. La vérification préalable au registre national des entreprises et l'analyse des factures d'acquisition permettent de cibler correctement le patrimoine du seul débiteur poursuivi.

La créance est contestée dans son montant seulement

Il arrive que le débiteur reconnaisse devoir une somme tout en discutant le solde exact. Cette situation est favorable, car l'apparence de la créance est acquise pour la partie non contestée. La requête gagne alors à se limiter à ce montant incontestable plutôt qu'à réclamer la totalité, ce qui réduit le risque de rétractation, le montant de la garantie exigée et l'exposition du créancier à une réclamation pour saisie disproportionnée.

La question n'est pas de savoir si le client gagnera son procès, mais s'il restera quelque chose à saisir le jour où il l'aura gagné. Une saisie conservatoire pratiquée au bon moment vaut souvent mieux qu'un jugement obtenu deux ans plus tard.
Maître Amine Messaadi, Barreau de Tunis

Les erreurs qui coûtent cher

Déposer une requête muette sur la menace pesant sur le recouvrement

La demande est rejetée alors même que la créance est solide, et le débiteur, désormais averti, prend ses précautions.

Demander une saisie sans avoir identifié la banque ou les biens

L'ordonnance obtenue reste théorique, l'huissier notaire se déplace sans rien appréhender et les frais sont engagés en vain.

Viser un patrimoine disproportionné au montant réclamé

La mesure est réduite ou rétractée, et le créancier s'expose à une réclamation pour le dommage causé par l'immobilisation.

Considérer la saisie comme un paiement

Les sommes restent celles du débiteur, aucun encaissement n'est possible avant l'obtention d'un titre et la conversion de la mesure.

Laisser dormir le dossier après avoir obtenu la saisie

La mesure devient caduque faute de diligence au fond, les biens sont libérés et l'effet de surprise ne se reproduira pas.

Questions fréquentes

Puis je faire saisir les comptes de mon débiteur avant tout procès ?

Oui, sur autorisation du juge, à condition que la créance paraisse fondée en son principe et que des circonstances concrètes menacent son recouvrement. Il faut également pouvoir identifier la banque, faute de quoi la mesure reste sans effet.

Le débiteur est il prévenu avant la saisie ?

Non, la requête est examinée sans que le débiteur soit entendu, précisément pour préserver l'effet de surprise. Il découvre la mesure lors de sa signification et peut ensuite en demander la rétractation devant le juge qui l'a autorisée.

La saisie conservatoire me permet elle d'être payé immédiatement ?

Non. Elle rend les biens indisponibles sans les attribuer. Le paiement suppose l'obtention d'un titre exécutoire puis la conversion de la mesure conservatoire en mesure d'exécution.

Que se passe t il si le compte saisi est vide ?

La mesure est sans effet utile et les frais engagés sont perdus. C'est pourquoi le renseignement préalable sur la situation bancaire et patrimoniale du débiteur conditionne l'opportunité de la démarche.

Dois je constituer une garantie pour obtenir l'autorisation ?

Le juge peut l'exiger, notamment lorsque la mesure risque de désorganiser l'activité du débiteur. Sa forme et son montant relèvent de son appréciation, et cette exigence doit être anticipée avant le dépôt de la requête.

Puis je faire saisir un bien que le débiteur a mis au nom d'un proche ?

Pas directement, car la saisie porte sur le patrimoine du débiteur. Ces transferts peuvent en revanche être contestés, et ils constituent un indice utile de la menace pesant sur le recouvrement.

Combien de temps la saisie conservatoire reste elle en vigueur ?

Elle est provisoire et suppose que le créancier engage l'action au fond avec diligence. Le défaut de diligence conduit à la caducité de la mesure et à la libération des biens gelés.

Peut on combiner une saisie conservatoire et un référé ?

Oui, les deux voies répondent à des besoins distincts. La saisie protège le patrimoine du débiteur, le référé règle une situation de fait urgente ou permet d'obtenir une provision lorsque le principe de la dette n'est pas discuté.

Sources et vérification

  • Code de procédure civile et commerciale, mesures conservatoires et saisies
  • Code des obligations et des contrats, créance et responsabilité du saisissant
  • Statut des huissiers notaires, exécution des mesures et procès verbal de saisie
  • Pratique du cabinet en recouvrement devant les juridictions tunisiennes

Cette page donne une information générale sur le droit tunisien. Elle ne remplace pas l'examen de vos pièces par un avocat. Dernière vérification le 19 août 2026 par Maître Amine Messaadi.

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Ce sujet relève de notre pratique en contentieux civil. Le dossier complet se trouve dans le guide procédure civile.

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